Guillaume Bazan - Co-fondateur Numeris
Podcast
7.6.2026

Guillaume Bazan : « On n'achète pas un cabinet et du chiffre d'affaires. On s'associe avec des gens. »

Valentin Tonti-Bernard reçoit Guillaume Bazan, co-fondateur de Numeris

Cofondateur du groupe Numeris, Guillaume Bazan n'est pas expert-comptable. C'est précisément ce qui fait sa force. En quatre ans, avec son associé Vladimir, il a bâti un groupe de services aux PME de 42 millions d'euros de chiffre d'affaires, sans jamais courir après la taille pour la taille.

La plupart des consolidateurs se présentent par leurs chiffres. Guillaume Bazan commence par un mot : moldus. Ni lui ni son associé n'ont le diplôme d'expertise comptable. Anciens investisseurs, puis directeurs financiers, ils sont arrivés dans la profession par le métier de client, pas par celui de producteur. Et ce regard extérieur, loin d'être un handicap, est devenu leur argument.

Le regard extérieur comme thèse d'investissement

C'est en tant que directeur financier, notamment chez Swan, que Guillaume Bazan voit un métier en pleine transformation. Le constat qui déclenche tout : un cabinet qui veut se développer n'a longtemps eu que deux issues. Rester seul et heurter un plafond de verre, ou se faire absorber par un industriel traditionnel.

Numeris se construit comme une troisième voie : un groupe de services aux PME, pas un simple agrégateur de cabinets. La nuance n'est pas cosmétique. Elle détermine qui l'on rachète, comment, et pour quoi faire.

La taille ne dit rien de la qualité de la croissance

Numeris, aujourd'hui, c'est huit cabinets, une vingtaine d'agences, 42 millions d'euros de chiffre d'affaires, 350 collaborateurs, plus 60 millions d'euros d'actifs sous gestion sur la branche patrimoniale.

Mais Guillaume Bazan refuse de réduire un projet à un objectif de chiffre d'affaires en 2030. Deux questions comptent davantage à ses yeux : la qualité de ce chiffre d'affaires (s'est-on diversifié ?) et sa durabilité. Payer 30 % au-dessus du marché permet d'atteindre n'importe quel objectif de taille. Cela ne garantit rien sur la solidité dans cinq ou dix ans.

C'est un projet de vie, pas une course. Cet horizon long change tout : on ne rachète pas du chiffre d'affaires, on s'associe avec des équipes, un dynamisme, une culture.

Les valorisations : de l'euphorie à la stabilisation

Sur la financiarisation du secteur, Guillaume Bazan est lucide. L'an dernier, le marché était en pleine euphorie : un nouvel acteur chaque mois, des communiqués de presse quasi interchangeables, des primo-acquéreurs prêts à surpayer leur premier deal. Il décrit un univers d'investisseurs qu'il juge moutonnier, où la même dynamique s'emballe puis retombe.

La suite, selon lui, suit le schéma de tout marché qui se financiarise : euphorie, légère redescente, stabilisation. La redescente, estime-t-il, est en train de s'amorcer.

La transformation, seule vraie réponse à la menace réglementaire

Certains fonds anticipent 20 à 40 % de décote sur le chiffre d'affaires réglementaire récurrent à horizon 2028. Pourtant les valorisations tiennent. Contradiction ? Pas pour Guillaume Bazan.

Son analyse : tout métier où l'on vient s'asseoir devant un ordinateur pour produire des Excel, des PowerPoint et des emails va changer radicalement : avocat, expert-comptable, consultant, sans exception. La comptabilité de production, tenue puis présentée avec cinq mois de retard, c'est terminé. Mais la valeur ne disparaît pas : elle se déplace. Elle ira à ceux qui investissent dans la transition digitale et la formation. Se contenter de répéter que l'expert-comptable est « le tiers de confiance » ne suffit pas. Il y a du travail à faire pour que ce soit encore vrai demain.

Sortir des mots-valises : « conseil », « accompagnement »

Guillaume Bazan se méfie du mot conseil, devenu un bouton magique que toute la profession presse depuis quinze ans. Il préfère accompagnement, mais reconnaît que le terme reste générique.

La méthode qu'il défend est concrète : segmenter les missions (optimisation de rémunération, sécurisation de schémas fiscaux, préparation de cession, valorisation), les tarifer réellement plutôt que de les offrir sur un coin de table, et surtout s'organiser en interne pour les livrer avec qualité. Avoir la compétence technique pour une mission de DAF externalisé ne sert à rien si les équipes ne sont pas structurées pour l'absorber. Le conseil n'est pas un slogan. C'est un investissement organisationnel, commercial et technologique.

Facturer ce qui est aujourd'hui offert

Sur la tarification, le travail de Numeris consiste d'abord à cartographier ce qui est réellement vendu — une même mission n'étant pas libellée pareil d'un cabinet à l'autre. Les écarts les plus importants ne sautent pas aux yeux sur les factures : ils se logent dans tout ce qui n'est pas facturé du tout, faute d'un processus structuré de remontée d'informations.

L'objectif n'est pas d'imposer une grille qui nivellerait les prix par le bas, le piège classique des boîtes de services. C'est d'identifier les pratiques malignes d'une agence pour les déployer à l'échelle du groupe, et de récupérer la valeur aujourd'hui produite gratuitement.

Recruter autrement, former sur ce que personne ne forme

Sur le recrutement, Numeris centralise la chasse et la qualification pour éviter qu'un associé perde une heure sur un profil non pertinent. Mais la vraie conviction est ailleurs : arrêter le remplacement poste pour poste. Au départ d'un profil pure production, la bonne question n'est pas « qui le remplace à l'identique », mais « de quel profil aurai-je besoin dans quelques années ». La fibre commerciale, rappelle Guillaume Bazan, ce n'est pas un super data analyst : c'est quelqu'un qui aime parler aux gens.

L'Académie Numeris prolonge cette logique. La profession forme massivement à la technique, très peu au reste. Numeris se concentre donc sur le management, le commercial et les outils, en présentiel, auprès des directeurs d'agence, chefs de mission et dirigeants; les relais de la transformation.

Un projet à vingt ans

À 42 millions d'euros de chiffre d'affaires, Guillaume Bazan et son associé ne se projettent pas dans le prochain deal, mais dans les vingt prochaines années. Le rêve assumé : que Numeris devienne demain ce qu'un In Extenso ou un Mazars sont aujourd'hui : une structure partie de rien, devenue leader.

Ce n'est pas une course au chiffre d'affaires. C'est la construction d’une entreprise.

N'hésitez pas à écouter la suite du podcast sur nos plateformes en audio.

Questions fréquentes

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Valentin Tonti-Bernard
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