

Didier Caplan, fondateur de ComptaCom, raconte son parcours d'apprenti coiffeur à bâtisseur d'un groupe d'expertise comptable de 40 millions d'euros, entre numérisation d'archives et automatisation comptable.
Valentin Tonti-Bernard reçoit Didier Caplan, fondateur du groupe ComptaCom, pour un échange sur un parcours entrepreneurial sans équivalent dans la profession comptable. De l'apprentissage en coiffure à la construction d'un groupe de plus de 40 millions d'euros, en passant par la numérisation d'archives départementales et l'invention d'un logiciel de production comptable automatisée, Didier raconte les rencontres, les déclics et les choix qui ont façonné sa trajectoire.
Didier Caplan quitte l'école à 16 ans. Il vient d'une famille de coiffeurs, dans un petit village de la Sarthe. Comme sa sœur aînée et le reste de la famille, il part en apprentissage à Nantes. Pendant quatre ans, il travaille dans des salons, rencontre des clients, et commence à se dire qu'il peut faire autre chose.
Ce qui l'intéresse, c'est la gestion. Son projet initial, c'est d'avoir plusieurs salons de coiffure. Pour ça, il faut reprendre des études. À 20 ans, il quitte la coiffure, passe un concours en un an pour entrer à l'université, intègre un IUT à Angers, et se prend de passion pour les mathématiques. Il travaille le week-end comme coiffeur dans le plus grand salon de la ville pour payer ses études.
Il rencontre son épouse, une Mayennaise, et s'installe à Laval où il rejoint un cabinet d'expertise comptable. Il passe ses diplômes tout en travaillant, et devient expert-comptable à 28 ans. C'est à ce moment qu'il réalise que diriger plusieurs salons de coiffure ou plusieurs cabinets d'expertise comptable, c'est fondamentalement le même métier : être chef d'entreprise.
En 1992, Didier est membre de la Jeune Chambre Économique de Laval et en devient le président. Lors d'un congrès, il assiste à une présentation de la DATAR sur le télétravail. Le concept est encore abstrait, mais il y voit une application directe pour les cabinets d'expertise comptable.
Il rédige un projet complet sur l'automatisation de la production comptable : numérisation des documents, reconnaissance optique de caractères, reconnaissance d'écriture manuscrite, génération d'écritures automatiques, indexation des pièces sur les écritures. L'idée est simple : un clic sur une écriture comptable fait apparaître la pièce justificative, et inversement.
Ce projet le mène vers une rencontre déterminante avec Joël de Surcourf, le directeur des archives départementales de la Mayenne. Ce dernier est passionné d'informatique et communique déjà avec des archivistes du monde entier via les réseaux de l'époque, bien avant qu'Internet ne se démocratise. Il propose à Didier de numériser les 10 000 plans cadastraux anciens du département, des documents en format A0 consultés par les chercheurs et les particuliers pour retracer l'histoire des parcelles depuis plus de 200 ans.
Didier crée Archimède, une société dédiée à la numérisation. Il commence en noir et blanc, puis passe à la couleur à la demande du directeur des Archives de France, parce que les couleurs des plans cadastraux ont une signification symbolique qui distingue les bâtiments du clergé de ceux du tiers état.
Il développe un système de consultation à distance révolutionnaire pour l'époque : sur un réseau téléphonique ordinaire au débit infime, il parvient à afficher des plans en envoyant uniquement la portion visible à l'écran plutôt que le fichier entier. Il met au point un système de zoom qui permet de lire les numéros de parcelles les plus petits.
L'aventure le mène en Vendée, en Corse avec une histoire rocambolesque de marché public obtenu deux fois, aux archives militaires de Vincennes, et jusqu'à un partenariat avec Warner Music pour la numérisation de partitions musicales. Archimède atteindra 25 salariés et environ 5 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Tout bascule lors d'un salon sur la reconnaissance optique de caractères. Didier découvre le stand d'une société israélienne qui a civilisé la reconnaissance de photos satellites en reconnaissance d'écriture manuscrite. Il écrit quelques mots à la main, les numérise, et voit la transcription apparaître instantanément sur un écran. Il raconte avoir eu les yeux exorbités à ce moment-là, en réalisant qu'il voyait quelque chose que personne d'autre n'avait encore vu pour la profession comptable.
La rencontre avec Warner Music apporte la deuxième brique : le directeur général lui demande d'automatiser les processus de validation de commandes, de factures et de paiement. Didier conçoit un workflow décisionnel complet, une première dans le monde de l'expertise comptable.
Il développe le logiciel en interne, dépose le nom de domaine compta.com, et crée un outil de gestion de cabinet appelé GESCAB. Cet outil intègre tout le processus décisionnel : lettre de mission automatisée, suivi de production, contrôle qualité. C'est cet outil, plus que le logiciel de production lui-même, qui deviendra le véritable avantage compétitif du groupe pour intégrer de nouveaux cabinets.
En 2000, il présente son logiciel lors d'un concours de la profession et remporte le prix à l'unanimité du jury, aussi bien en expertise comptable qu'en commissariat aux comptes. Mais il comprend vite qu'il ne peut pas commercialiser l'outil : être à la fois éditeur de logiciel et président d'un groupe d'expertise comptable crée trop de réticences chez les confrères. Il décide de garder l'outil en interne et d'en faire un élément différenciant pour le groupe.
Didier bâtit ComptaCom par croissance externe, avec une méthode simple et constante. Les cabinets sont valorisés à coefficient 1 du chiffre d'affaires. L'intégration passe par des LBO : les jeunes experts-comptables entrent au capital sans apport initial, financés par l'emprunt et le taux de rentabilité du cabinet. Le système d'information unifié facilite chaque intégration.
Le groupe passe de 2 millions d'euros à plus de 40 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec 550 à 600 personnes. Didier détient initialement 100 % du capital, puis réduit progressivement sa participation au fil des intégrations pour faciliter la transmission.
Le jour de l'annonce du premier confinement lié au Covid, rien ne se passe chez ComptaCom. Tout le monde travaille normalement depuis chez soi. Les formations se faisaient déjà en vidéo depuis des années, un studio d'enregistrement avait été intégré au siège social, et chaque collaborateur disposait de son ordinateur portable en permanence.
Didier quitte le groupe il y a trois ans et passe la main à Olivier Moisan. Il reconnaît sans détour que ce passage a été le plus difficile de sa carrière. Après une vie sous pression permanente, le jour où cette pression s'arrête, il le dit lui-même, ça s'appelle une dépression. Il avait anticipé en se tournant vers sa passion pour l'immobilier : construction de sièges sociaux, d'un immeuble et de maisons, et même la création d'un cabinet et d'un siège social à Madagascar, piloté entièrement en visioconférence.
Aujourd'hui, il continue de s'investir dans un comité de prêts d'honneur qu'il a fondé à Laval pour favoriser la création et la reprise d'entreprise. Ce qui l'intéresse chez les entrepreneurs qu'il accompagne, ce n'est pas la solidité du projet, ce sont les difficultés auxquelles ils feront face et leur capacité à rebondir.
Sur l'avenir de la profession, Didier fait un pari clair : il mise sur Gemini plutôt que sur ChatGPT, convaincu que la maîtrise des bases de données fera la différence. Il observe la financiarisation de la profession avec lucidité : ce qui a de la valeur, c'est la base de clients et un processus qui fonctionne. La course à l'intelligence artificielle va tout accélérer.
Bonne écoute ! Et n'oubliez pas de nous mettre 5 étoiles sur les différentes plateformes sur lesquelles notre podcast est disponible.

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