

Valentin Tonti-Bernard reçoit Grégoire Leclercq, directeur général de MyUnisoft
Facture électronique, intelligence artificielle, concentration du marché : la profession comptable entre dans une séquence de transformation sans précédent. Grégoire Leclercq, directeur général de MyUnisoft et ancien patron du groupe EBP, a une lecture précise de ce qui arrive, de ce qui va disparaître, et de ce qu'il faudra construire à la place.
Septembre 2026. La réforme de la facturation électronique entre en vigueur, et trop de cabinets n'y sont pas encore préparés. Mais ce délai de préparation n'est pas le vrai enjeu. Ce qui va compter, c'est l'effet structurel qui suivra : pour la première fois, les cabinets vont disposer d'un flux massif de données normées, synchrones, directement exploitables par leurs outils de production. L'intelligence artificielle, qui fonctionne d'autant mieux que la donnée est structurée, va s'en emparer. Ce qui prenait plusieurs heures prendra quelques minutes. Ce saut de productivité est inévitable. La question est de savoir qui en tirera profit, et comment.
La productivité augmente, mais la valeur perçue de la mission, elle, va baisser. C'est le point que Grégoire Leclercq pose avec clarté : quand les clients réaliseront que la saisie, la catégorisation et la génération des écritures se font de manière quasi automatique, ils exigeront soit des honoraires revus à la baisse, soit un accompagnement différent pour le même prix. Les cabinets qui resteront positionnés uniquement sur la production comptable se retrouveront coincés entre une offre qui se banalise et des clients qui ne voient plus la valeur ajoutée. Sortir de cette impasse implique une transformation profonde du modèle, pas seulement des outils.
Grégoire Leclercq ne croit pas à une trajectoire unique pour la profession. Il distingue trois modèles viables. Le premier, et selon lui le plus solide : le cabinet pluridisciplinaire, qui agrège autour de l'expertise comptable d'autres compétences juridiques, patrimoniales, assurantielles, pour devenir l'interlocuteur unique du dirigeant de TPE-PME sur l'ensemble de ses sujets. Le deuxième : la plateforme entièrement automatisée, positionnée sur les très petites structures qui n'ont besoin que d'une compta propre et d'un prix d'entrée bas. Le troisième : le conseil haut de gamme, très spécialisé, sur des PME et ETI avec des enjeux complexes. Le modèle généraliste, peu différencié, adossé à une logique de volume géographique, lui semble structurellement fragilisé.
C'est la population la plus exposée. Pas de responsable de transformation interne, pas de budget suffisant, patron accaparé par le quotidien opérationnel. À cela s'ajoute une pression de rachat qui s'intensifie, avec des offres de consolidation qui tombent régulièrement, et que beaucoup refusent au nom de l'indépendance. Cette indépendance est une valeur profonde dans la profession. Elle est aussi ce qui empêche d'accéder aux ressources nécessaires pour se transformer. L'équation est difficile à résoudre seul.
MyUnisoft a fait un choix que peu d'éditeurs assument aussi frontalement : aucune donnée ne quitte le territoire français. Pas d'infrastructure américaine, des LLM contraints, une architecture pensée pour que la donnée des cabinets reste sous contrôle. Dans un contexte géopolitique tendu, ce positionnement résonne différemment qu'il y a encore un an. Pour une profession régalienne, dont les membres signent les comptes et interlocutent directement l'administration fiscale, la question de la souveraineté de la donnée devient un critère de choix à part entière.
Le dernier engagement de MyUnisoft est aussi le plus structurant dans sa relation aux cabinets : l'éditeur ne commercialise rien auprès des clients de ses cabinets. La marque reste blanche, invisible pour le client final. La base appartient au cabinet, et elle doit le rester. À l'heure où certains acteurs du marché utilisent la donnée client pour développer leurs propres revenus en direct, ce choix n'est pas neutre. Il conditionne la valeur du fonds de commerce à la revente, et la confiance que le cabinet peut accorder à son éditeur dans la durée.
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