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9.14.2026

Joseph Choueifaty : « Il faut garder la pression un peu pour soi »

Valentin Tonti-Bernard reçoit Joseph Choueifaty (Goodvest) : levées de fonds, finance verte, et le vrai rôle de ses avocats et experts-comptables.

Comment lever 24 millions d’euros en trois tours, garder tous ses investisseurs autour de la table le jour où l’un d’eux se retire trois jours avant le closing, et choisir le bon avocat au bon moment ? Dans ce premier épisode de We Don’t Care, Valentin Tonti-Bernard reçoit Joseph Choueifaty, co-fondateur et dirigeant de Goodvest, la plateforme d’épargne verte qui dépasse aujourd’hui 300 millions d’euros d’encours.

Une plateforme d’épargne verte née pendant le Covid

Joseph Choueifaty a 29 ans, il est franco-libanais et a suivi le même master (X-HEC Entrepreneurs) que Valentin. L’idée de Goodvest est née pendant le confinement : d’un côté, plus de 6 000 milliards d’euros d’épargne des Français, souvent mal orientée ; de l’autre, un besoin massif de financement pour la transition écologique. Il crée Goodvest il y a cinq ans avec l’ambition d’être un acteur de confiance, sans greenwashing, sur les placements verts pour les particuliers. Le lancement a été le meilleur démarrage pour une assurance-vie en ligne depuis Boursorama, avec des centaines de comptes ouverts dès les premiers mois et un partenaire assureur (Generali) surpris par les chiffres.

Éviter le greenwashing : la méthodologie maison

Les labels ESG sont censés garantir qu'un placement est réellement responsable, en évaluant les entreprises d'un fonds sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. En France, le principal label vert pour l'épargne est le label ISR (Investissement Socialement Responsable). Joseph Choueifaty cite l'exemple d'un fonds labellisé ISR qui avait en première pondération le leader français des énergies fossiles, de quoi douter de la fiabilité de ces labels pour un épargnant en quête d'un placement réellement vert.

Face à ce constat, Goodvest a choisi de mettre les labels de côté et de construire sa propre méthodologie. L'équipe signe des accords de confidentialité avec les sociétés de gestion pour obtenir le détail des inventaires de chaque fonds, puis applique trois filtres successifs : exclusion sectorielle (énergies fossiles, tabac, divertissement pour adultes), analyse de l'empreinte carbone sur les trois scopes d'émissions et sur l'ensemble du cycle de vie des produits (et non la seule phase de fabrication), et impact sur la biodiversité. Résultat : moins de 5 % des fonds dits durables du marché passent ces critères. Goodvest est allé plus loin en co-créant, avec des sociétés de gestion, deux fonds propres construits sur son propre cahier des charges : Goodvest Planète Ambition (actions monde, plus de 20 % de performance depuis le début de l'année) et un fonds obligataire avec Team for the Planet et Ecofi, dédié au financement de projets d'infrastructures vertes.

Trois levées de fonds, et un fonds qui se retire trois jours avant le closing

Goodvest a réalisé trois levées de fonds : 2 millions d’euros (pre-seed en BSAR puis 1,5 million en equity, avec Polytechnique Ventures et le Fonds Innovation d’AG2R La Mondiale), puis 10 millions, puis 12 millions, avec l’entrée de Ring Capital et Serena Capital. Le moment le plus tendu : un fonds leader s’est retiré trois jours avant un closing, alors qu’il devait apporter 1 million d’euros sur un tour de 1,5 million. Joseph Choueifaty a envoyé un mail aux investisseurs qui avaient déjà commis 500 000 euros, closé cette première tranche, puis rouvert une deuxième tranche pour aller chercher le million manquant. Aucun investisseur ne s’est retiré. Il décrit ce moment comme un coup de chance autant que de bluff, et souligne la difficulté de gérer la pression seul, sans la faire porter à toute l’équipe.

La confiance des investisseurs se construit avec un reporting mensuel

Pour limiter les sollicitations et construire la confiance, Goodvest envoie depuis le début un reporting mensuel très détaillé à tous ses investisseurs. Résultat : peu de questions individuelles, et des relations plus resserrées avec les fonds leaders (cinq boards par an). Joseph Choueifaty relève un point notable sur Serena Capital, dont les operating partners interviennent sans être refacturés, une forme de conseil senior gratuit qu’il juge précieuse pour challenger certains sujets.

300 millions d’euros d’encours, une croissance qui s’accélère

Goodvest a mis trois ans pour atteindre 100 millions d’euros d’encours, moins d’un an de plus pour passer à 200 millions, et seulement 8 mois pour atteindre 300 millions et 20 000 clients. La croissance s’explique par l’effet cumulé des versements des clients existants, de la performance des marchés, des nouveaux clients et du lancement de nouvelles offres comme Goodvest First, dédiée à la gestion privée, où certains clients confient plus de 10 millions d’euros.

Avocats, banques d’affaires, experts-comptables : ce qui fait vraiment la différence

Joseph Choueifaty a travaillé avec trois cabinets d’avocats aux rôles distincts. Louis Soris (Soris Avocats) a accompagné la constitution de Goodvest et la première levée de fonds. Bold, avec sa formule d’abonnement, a couvert les questions juridiques du quotidien. Olivier Legrand (Sekri Valentin Zerrouk) a pris en charge les deux dernières levées de fonds : un avocat qui ne fait que du M&A tech, qui connaît les pratiques de marché des différents fonds et les avocats en face, et dont l’expérience permet d’anticiper les points de blocage. Pour Joseph Choueifaty, l’expérience n’a pas de prix sur ce type d’opération, mais elle n’est pas non plus interchangeable avec l’accompagnement du quotidien : à chaque avocat son terrain de jeu.

Sur les coûts, les honoraires d’avocats des deux dernières levées se situent entre 20 000 et 50 000 euros selon lui, quand les banques d’affaires (il cite notamment Chausson Finance) coûtent nettement plus cher, en grande partie au success fee. Côté expertise comptable, Joseph Choueifaty reconnaît franchement que le cabinet a changé plusieurs fois au fil des rachats successifs du portefeuille, et que la relation privilégiée souvent mise en avant par la profession passe surtout par sa direction administrative et financière, pas directement par lui.

Vers une offre pour la trésorerie des holdings

Interrogé sur la possibilité de placer la trésorerie d’une holding via Goodvest, Joseph Choueifaty confirme que c’est déjà possible aujourd’hui (contrats de capitalisation, fonds en euros, SCPI, private equity pour les personnes morales) et qu’une offre dédiée est en préparation d’ici la fin de l’année, portée par la demande croissante autour de Goodvest First.

Retraite par capitalisation et éducation financière

Sur des sujets plus larges, Joseph Choueifaty défend la retraite par capitalisation comme complément nécessaire au système français, moins coûteuse pour l’État et davantage capable de financer l’économie, à l’image des fonds de pension américains. Il pointe aussi le manque d’éducation financière en France, y compris chez certains parlementaires, et salue l’arrivée de cours d’éducation financière dès la 4e.

Concurrence, offre de rachat et la suite pour Goodvest

Sur un marché de l’épargne en ligne désormais dense (Trade Republic, Sumeria, Revolut, Yomoni, Nalo, Ramify...), Joseph Choueifaty considère que la différenciation de Goodvest tient à son positionnement 100 % durable, une place qui restait à prendre. Il confirme avoir déjà reçu une offre de rachat sérieuse, qu’il a étudiée avec attention, sans en dévoiler l’issue.

N'hésitez pas à écouter la suite du podcast sur nos plateformes, en audio ou en vidéo. (liens à ajouter)

Questions fréquentes

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Valentin Tonti-Bernard
Président de Liberall-Group
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