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1.26.2026

Florent Champy « On travaille sérieusement sans se prendre au sérieux »

Le parcours de Florent Champy : fidélité à l'équipe, formation intensive et développement client pour devenir associé en cabinet d'avocats.

La question des dirigeants professionnels

Valentin Tonti-Bernard reçoit Florent Champy, counsel au sein du cabinet PGA Associés à Paris, pour un échange sur le parcours d'un avocat fiscaliste qui a fait le choix de la fidélité à son équipe plutôt qu'aux structures. Derrière la technique fiscale, il y a une philosophie : celle d'un professionnel qui travaille sérieusement sans se prendre au sérieux.

Un parcours construit sur l'enthousiasme

Florent Champy a un parcours qu'il qualifie lui-même de classique. Bac S, fac de droit à Créteil presque par défaut, puis M1 et M2 en droit fiscal à la Sorbonne. Il pensait que la fiscalité serait la conjonction parfaite entre son appétence pour les chiffres et le droit. Il a appris depuis que le fiscal est une matière éminemment juridique et que le plus dur se limite à une règle de trois de temps en temps.

Ce qui l'a attiré chez Archer pour sa première collaboration, ce n'est pas tant la réputation du cabinet que l'enthousiasme de son boss. Un enthousiasme qui portait un mantra devenu le sien : on travaille sérieusement sans se prendre au sérieux. Cette formule résume une approche du métier où l'exigence technique cohabite avec le plaisir de travailler ensemble. Puisqu'on passe le plus clair de son temps avec ses collègues, autant que ce soit avec des gens avec qui on a envie d'être.

L'autre raison de ce choix : une pratique généraliste en fiscal. Florent ne voulait pas s'enfermer dès le début de carrière dans un domaine trop précis. TVA, prix de transfert, audit, structuration : il voulait tout balayer pour être bien formé, quitte ensuite à choisir sa spécialisation ou à la laisser le choisir.

Les cinq premières années : un pari sur l'avenir

Florent ne cache pas que le rythme a été soutenu. Cela tenait à deux choses : le développement de l'activité fiscale de son équipe, qui a fait grossir le chiffre et le gâteau, et ce retard structurel sur le recrutement que connaissent beaucoup de cabinets. On attend d'être vraiment débordé pour recruter, et donc on travaille beaucoup en attendant.

Il reconnaît la difficulté pour les jeunes collaborateurs. Quand tu bosses beaucoup, tu es fatigué, tu n'as pas le temps de voir tes amis, tu arrives en vacances épuisé. À un moment, tu te demandes à quoi bon. Pour ceux qui n'ont pas de perspective d'association ou qui ne savent pas comment appréhender la suite, le questionnement peut s'arrêter là.

Mais Florent défend l'idée que persister vaut le coup. Quelqu'un qui a travaillé dur pendant quatre ou cinq ans a en termes de formation un temps d'avance sur quelqu'un qui a suivi un rythme plus normal. Ces années difficiles donnent un avantage comparatif qui se conserve.

De Archer à PGA : la fidélité à l'équipe

Quand son boss lui annonce qu'il a une opportunité chez PGA, la décision est simple. Son quotidien est fait de travailler avec ces personnes. Si elles s'en vont, il s'en va. Il n'est pas attaché à une structure, il est attaché à une équipe.

Florent précise que ce choix s'est fait de manière concertée. Si un membre de l'équipe avait exprimé des réserves, le mouvement n'aurait peut-être pas eu lieu. Mais tout le monde était aligné, et le transfert s'est fait.

L'intégration chez PGA s'est passée naturellement. Florent a une théorie là-dessus qu'il qualifie de pyramidale : des gens sympathiques s'associent avec des gens sympathiques, qui recrutent eux-mêmes des gens sympathiques. Par une équation logique, quand ces personnes se rencontrent, elles ont tendance à bien s'entendre. L'arrivée a été très fluide, avec des dossiers en commun dès le premier mois.

Le déclic du développement

Florent situe son changement de mindset autour de la huitième année. Avant, la question ne se posait pas vraiment. Des événements de vie, notamment la naissance de ses enfants, avaient occupé son esprit. Mais à huit ans de barreau, une fourche se présente : rester collaborateur toute sa vie ou se donner à manger tout seul.

La technique reste intéressante, mais ce qui fait vraiment l'enthousiasme du métier, c'est la relation avec les clients. Les accompagner sur leurs deals, leurs transmissions, leurs problématiques familiales ou entrepreneuriales : c'est le cœur du métier, la partie la plus intéressante. On ne le comprend pas forcément quand on a la tête dans la technique, mais ça devient évident avec le recul.

Pour développer, Florent s'appuie principalement sur le bouche-à-oreille. Pas de communication sur les réseaux, une aversion naturelle à cela. Ses principaux apporteurs d'affaires sont les confrères et les experts-comptables. Ensuite viennent les ingénieurs patrimoniaux, les CGP, les banquiers d'affaires : tout l'écosystème des professions du droit, du chiffre et du deal.

Une pratique fiscale au service des entrepreneurs

L'activité de Florent est majoritairement générée par son équipe, avec environ 30 % de support fiscal pour les équipes corporate du cabinet. Il fait de l'audit d'acquisition, de la vendor due diligence, de la structuration de LBO, du management package.

Il travaille principalement avec des entreprises du small et mid cap, des valorisations de 0 à 100 millions d'euros. Mais il insiste : même une cession à 2 millions mérite l'accompagnement d'un fiscaliste. Les problématiques sont les mêmes qu'à 30 millions. Un dirigeant qui sort veut savoir à quelle sauce il va être mangé et comment l'éviter ou l'amoindrir.

Florent détaille notamment les dispositifs d'apport-cession qui permettent de différer l'imposition en réinvestissant dans une activité économique. Il souligne l'importance d'avoir des contacts avec des fonds de réemploi pour les clients qui n'ont pas de projet d'investissement prédéfini. Le délai de deux ans pour réemployer est à la fois long et très court. Il faut y réfléchir en amont, pas après une année de repos post-cession.

Il évoque aussi la valeur d'avoir des informations sur les intentions de l'administration fiscale. Sur la réforme des management packages de cette année, le cabinet a pu discuter avec l'administration avant et après publication des textes pour comprendre leur pensée. Sans toujours donner de réponse, cela donne une orientation précieuse pour les clients.

Le chemin vers l'association

Florent est en dixième année et sur le chemin de l'association. Chez PGA, il n'y a pas de partner track formalisé, mais une démarche entrepreneuriale. Tous les associés se sont faits à la force du poignet. Quand un collaborateur se présente en disant qu'il en veut, qu'il veut en être, les associés voient cela d'un bon œil. Ils sont prêts à faire des efforts sur le timing ou les chiffres pour donner le coup de main qu'eux-mêmes n'ont pas eu.

Dans cinq ans, Florent se voit au même endroit, en qualité d'associé. Pas pour s'engargariser, mais pour avoir un confort intellectuel sur l'avenir. Et continuer de faire ce qu'il aime avec des gens sympathiques et enthousiastes qui aiment ce qu'ils font.

Un épisode pour ceux qui veulent comprendre le parcours d'avocat

Ce que Florent Champy décrit, c'est un parcours de fidélité et de patience. Fidélité à une équipe plutôt qu'à une structure. Patience dans la formation avant de se lancer dans le développement. Une approche où l'on travaille dur sans se prendre au sérieux, où l'on choisit ses associés pour leur humanité autant que pour leurs compétences.

Cet échange s'adresse aux jeunes collaborateurs qui s'interrogent sur leur avenir dans la profession. Florent Champy montre qu'il est possible de construire une carrière solide en restant fidèle à ses valeurs et à son équipe, sans plan de carrière rigide, en laissant l'enthousiasme guider les choix.

Bonne écoute.

Questions fréquentes

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