

Valentin Tonti-Bernard reçoit Mathieu Perrymond (Cegid-Shine), qui annonce le rapprochement Cegid-Silae et la nouvelle stratégie produit du groupe.
Mathieu Perrymond, directeur général de la BU Shine-Cegid, vient annoncer sur ce podcast un projet resté secret jusqu'au bout : le rapprochement entre Cegid et Silae. Un ancien avocat du sud de la France devenu la voix du marché des éditeurs comptables face à Pennylane, Indy et les autres challengers.
Mathieu Perrymond n'était pas destiné à ce poste. Après des études d'expertise-comptable puis un master de droit, il devient avocat dans le sud de la France. En 2015, il rejoint Silae comme avocat, sur un litige qui oppose alors Cegid et Silae. Ce dossier le conduit jusqu'à la cession de Silae à Silver Lake en 2020, où le fonds lui demande de rester au board pour accompagner la structuration de l'entreprise. Il reste très impliqué dans l'opérationnel jusqu'en 2023, puis revient en première ligne à partir d'octobre 2024, au moment du lancement de MySilae et de sa nouvelle grille tarifaire. Au printemps 2025, Silver Lake lui confie le sujet expertise-comptable chez Cegid, ce qui le mène jusqu'au rachat de Shine, dont il codirige aujourd'hui la BU expertise-comptable aux côtés de Marion Graff.
Pour Mathieu Perrymond, ce rachat répond à un retard assumé : Cegid avait besoin d'accélérer sur la facturation électronique et sur les services à valeur ajoutée pour les entreprises clientes des cabinets, toujours via le canal intermédiaire des experts-comptables. Shine apportait l'outil de banking et de facturation électronique qui manquait, mais surtout une force de développement conséquente : environ 600 développeurs, dont Cegid avait besoin pour rattraper son retard produit.
C'est la nouvelle du jour : Cegid et Silae annoncent un projet de rapprochement. Mathieu Perrymond insiste sur le mot « projet » : l'opération reste soumise aux autorisations réglementaires classiques et n'a pas encore reçu l'avis du CSE. Mais l'intention est claire, et il en sera l'incarnation via un nouveau « comité experts-comptables groupe », aux côtés notamment de Jean-Michel Aulas, fondateur de Cegid. Objectif affiché : que Cegid, longtemps la plus grande marque du secteur selon lui, redevienne la référence pour les experts-comptables.
Sur le plan produit, Mathieu Perrymond parle d'une stratégie « best of suite » : le meilleur outil à chaque endroit (facturation électronique, banking, comptabilité, paie, gestion de trésorerie), mais avec une meilleure fluidité entre eux. La plateforme réunie Cegid-Silae représentera environ 1300 développeurs. Il reconnaît que Cegid et Silae ont longtemps eu la réputation d'éditeurs fermés, et affirme que la politique d'ouverture des API s'est déjà amorcée et va s'accélérer, à mesure que les cabinets se spécialisent et ont besoin de connecter leurs propres outils, y compris via des protocoles comme le MCP.
Valentin revient sur la bronca des experts-comptables au congrès de Marseille en octobre 2024, provoquée par la nouvelle grille tarifaire de Silae. Mathieu Perrymond assume : le problème n'était pas tant l'augmentation elle-même, après des années sans indexation Syntec, que la communication autour, jugée trop brutale. Plus d'une centaine de rendez-vous avec des cabinets plus tard, le groupe a tiré des conclusions concrètes : suppression du bundle de modules obligatoire, passage à des modules à la carte, et une hausse du tarif de base beaucoup plus mesurée. Cette nouvelle grille sera annoncée au prochain congrès, avec une mise en œuvre dès fin 2026 début 2027, en avance sur le calendrier initialement promis.
Interrogé sur la montée des prises de participation croisées entre éditeurs et cabinets d'expertise-comptable, Mathieu Perrymond se montre prudent. Sa position : chacun doit rester dans le périmètre de son métier. Il distingue les accords commerciaux ou de test produit, qu'il juge utiles pour affiner les outils au contact des cabinets, des participations capitalistiques croisées, qu'il estime risquées pour le principe d'indépendance de la profession, réglementée par l'ordonnance de 1945.
Mathieu Perrymond conclut sur un ton résolument optimiste : selon lui, ce rapprochement ne peut apporter que de bonnes nouvelles pour les experts-comptables, et doit permettre à Cegid, Silae et Shine réunis de reconquérir la confiance d'une profession qu'il décrit comme loyale, mais marquée par les erreurs passées.



