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9.22.2026

Transmission de cabinet d'expertise comptable : pourquoi les valorisations s'envolent (et ce que ça change pour vous)

Les valorisations des cabinets d'expertise comptable s'envolent : pourquoi les associés juniors ne peuvent plus racheter leurs seniors, et comment anticiper.

Une profession qui se pensait à l’abri des grandes manœuvres financières se retrouve, en 2026, au cœur de la plus grande recomposition de son histoire. Le congrès annuel des experts-comptables, placé cette année sous le signe de la « Refondation », en dit long : un marché de 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires, longtemps réputé pour sa stabilité, est entré dans une phase de recomposition accélérée.

Les multiples de valorisation, longtemps compris entre 4 et 5 fois l’Ebitda, atteignent aujourd’hui 7 à 13 fois selon la taille de la structure. Un cabinet ne se transmet plus comme il y a dix ans. Cité par Les Echos le 16 septembre 2026, Valentin Tonti-Bernard, président de Liberall Group et spécialiste du développement des professions réglementées, décrypte cette flambée des prix et ce qu’elle change pour la transmission des cabinets d’expertise comptable. Voici pourquoi, qui est le plus exposé, et quelles options restent ouvertes.

Un marché où la moitié des cabinets doivent changer de mains

Une profession vieillissante

La moitié des experts-comptables ont aujourd’hui 50 ans ou plus. Mécaniquement, cela signifie qu’une vague de transmissions va déferler sur la profession dans les cinq à dix prochaines années. Ce n’est pas une hypothèse lointaine : c’est déjà la réalité qui pousse des centaines de dirigeants de cabinet à se poser la même question, celle de leur succession.

Des valorisations qui n’ont jamais été aussi hautes

Le problème, c’est que cette vague arrive au moment le moins favorable pour ceux qui doivent racheter. Les fonds d’investissement ont changé la mécanique de valorisation du secteur : ils raisonnent en multiples d’Ebitda plutôt qu’en multiples de chiffre d’affaires, et ces multiples ont grimpé vite. Il y a encore deux ou trois ans, les acquéreurs entraient au capital de plateformes de consolidation à 8 ou 9 fois l’Ebitda, rachetaient des cabinets à 4 ou 6 fois, puis revendaient l’ensemble à 9 ou 10 fois, comme le détaille Sébastien Leleu dans un entretien pour Liberall Conseil.

Le vrai problème : l’associé junior ne peut plus racheter son senior

C’est là que se joue, selon Valentin Tonti-Bernard, la vraie rupture. « Un associé junior ne peut plus financer le rachat des parts de son senior », résume-t-il. Le mécanisme est simple à comprendre : les valorisations montent plus vite que la capacité d’épargne, d’emprunt ou d’apport personnel des générations qui doivent reprendre. Il y a quinze ans, un jeune associé pouvait s’endetter sur dix ans pour racheter les parts de son senior sur la base d’un multiple raisonnable de chiffre d’affaires. À 10 ou 13 fois l’Ebitda, l’équation ne tient plus.

Cette impasse financière ouvre mécaniquement la voie aux groupes et aux fonds d’investissement, qui disposent, eux, de la capacité de financement que les associés seuls n’ont plus. Le chiffre le confirme : 30 % des opérations de fusion-acquisition réalisées en 2025 impliquaient une structure adossée à un fonds d’investissement, contre seulement 10 % cinq ans plus tôt, selon le Conseil national de l’Ordre des experts-comptables.

Faut-il rejoindre un groupe ou rester indépendant ?

Les cabinets généralistes de taille intermédiaire, les plus exposés

Tous les cabinets ne sont pas égaux face à cette pression. Pour Valentin Tonti-Bernard, ce sont les cabinets généralistes de taille intermédiaire qui encaissent le plus mal le choc, ceux qui sont « trop grands pour fonctionner de façon artisanale et trop petits pour industrialiser ». Ni assez petits pour rester agiles et proches de leurs clients, ni assez grands pour amortir leurs investissements technologiques et humains sur une large base, ils se retrouvent coincés entre deux modèles qui, eux, fonctionnent.

Cette lecture rejoint un constat plus large sur l’avenir du métier : l’expert-comptable généraliste n’a plus vraiment sa place dans un marché où la réglementation, la fiscalité et les attentes clients se complexifient secteur par secteur.

Les petites structures spécialisées peuvent conserver leur place

La nuance que pose Valentin Tonti-Bernard est importante : grossir n’est pas la seule stratégie qui tienne la route. Les petites structures spécialisées, elles, peuvent parfaitement conserver leur place, à condition d’avoir construit une expertise reconnue sur un secteur ou une clientèle précise. C’est exactement la démonstration que fait Exponens, un cabinet francilien de 450 collaborateurs et 34 associés qui a choisi de grandir sans jamais renier son indépendance en construisant une spécialisation sectorielle par associé.

D’autres cabinets inventent une voie intermédiaire entre l’isolement et l’intégration totale dans un groupe financiarisé. Sébastien Chauvin, président du réseau Talenz, a construit un groupe de 130 millions d’euros de chiffre d’affaires sans lever de fonds et sans racheter à tout prix, en misant sur la cooptation plutôt que sur le rachat. Rejoindre un groupe n’est donc pas un choix binaire entre indépendance totale et vente au plus offrant : il existe un éventail de modèles entre les deux.

La seule stratégie réellement perdante

Reste une conclusion que Valentin Tonti-Bernard formule sans détour : « La seule stratégie réellement perdante est l’attentisme généraliste. » Ce qui pénalise un cabinet, ce n’est ni de rester petit et spécialisé, ni de rejoindre un groupe pour financer sa transformation. C’est de ne rien décider, de laisser la valorisation grimper et l’âge des associés avancer sans se donner un cap clair.

Une transmission à préparer, pas à subir

La combinaison d’une profession vieillissante et de valorisations qui ont doublé en quelques années transforme la transmission de cabinet en enjeu stratégique de premier plan, et non plus en simple formalité de fin de carrière. Deux voies restent ouvertes : se spécialiser pour rester indépendant et attractif, ou s’adosser à un groupe pour financer une transformation que les seules ressources internes ne permettent plus. Ce qui ne fonctionne plus, en revanche, c’est d’attendre.

Avec des multiples qui sont passés de 4-5 fois à 7-13 fois l’Ebitda en quelques années, chaque année d’attente a un coût réel, que ce soit sur le prix de cession ou sur la capacité du cabinet à financer sa propre reprise en interne.

Liberall Sellside vous accompagne

Anticiper sa transmission commence par un diagnostic clair de la trajectoire du cabinet : rester indépendant en se spécialisant, s’adosser à un groupe, ou organiser une transmission interne à des conditions maîtrisées. Le jour où la décision de céder est prise, Liberall Sellside, la banque d’affaires du groupe dédiée aux professions réglementées, accompagne les cédants pour défendre leur valorisation et vendre au meilleur prix. Parlons de votre projet de cession.

Questions fréquentes

Pourquoi les valorisations des cabinets d'expertise comptable augmentent-elles autant ?

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Les fonds d'investissement raisonnent en multiples d'Ebitda plutôt qu'en multiples de chiffre d'affaires, et cette méthode a fait grimper les prix. Les multiples sont passés de 4-5 fois à 7-13 fois l'Ebitda selon la taille des cabinets, portés par l'arrivée massive de capitaux dans un secteur perçu comme peu risqué (revenus récurrents et contractualisés).

Comment financer la transmission d'un cabinet à un associé junior ?

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Les mécanismes classiques de rachat individuel atteignent leurs limites face à des valorisations aussi élevées. Certains dirigeants explorent des solutions internes, comme des mécanismes de financement mutualisé au sein d'un groupe, pour permettre aux jeunes associés de racheter des parts à des conditions plus accessibles que le marché.

Faut-il rejoindre un groupe pour survivre à la transformation du secteur comptable ?

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Pas nécessairement. Les cabinets généralistes de taille intermédiaire sont les plus exposés à la consolidation, mais les structures spécialisées sur un secteur ou une clientèle précise peuvent conserver leur indépendance. Il existe aussi des modèles intermédiaires, comme les réseaux de cabinets indépendants réunis autour d'une marque commune.

Quelles alternatives à la vente à un fonds d'investissement pour transmettre son cabinet ?

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La transmission interne à un associé junior, l'adossement à un réseau de cabinets indépendants sans rachat de capital, ou la cession à un confrère restent des options. Le choix dépend de la taille du cabinet, de son degré de spécialisation, et de l'horizon de temps disponible avant la transmission.

Comment anticiper la transmission de son cabinet d'expertise comptable ?

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L'anticipation se prépare plusieurs années à l'avance : structuration de l'organisation, formalisation des processus, diversification de la clientèle et des revenus récurrents. Plus un cabinet prépare sa transmission en amont, plus il conserve de choix sur la voie à suivre (indépendance, groupe, ou transmission interne) plutôt que de subir la seule option disponible au moment venu.
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Valentin Tonti-Bernard
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