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1.19.2026

Valentin Doligé « On préfère grandir que grossir »

Le modèle Orcom : croissance maîtrisée, indépendance et ancrage territorial

Valentin Tonti-Bernard reçoit Valentin Doligé, l'un des directeurs généraux d'Orcom, pour un échange approfondi sur le modèle singulier de ce cabinet d'expertise comptable de 1 650 collaborateurs et 165 millions d'euros de chiffre d'affaires. Derrière les chiffres, il y a une philosophie : celle d'une entreprise de long terme, ancrée, qui a fait le choix de l'indépendance plutôt que de la financiarisation.

Un parcours construit sur la confiance et le mérite

Valentin Doligé a rejoint Orcom en 2003, à une époque où trouver un poste sans expérience relevait déjà du défi. Dans le Loiret, Orcom était le seul cabinet à faire confiance aux jeunes diplômés. Cette réputation a marqué le début d'un parcours de 22 ans au sein de la même structure.Du statut de collaborateur à celui d'associé en six ans, puis l'entrée au comité exécutif et la direction générale en 2015, Valentin a gravi les échelons sans que rien ne soit écrit à l'avance. Il insiste sur ce point : chez Orcom, les opportunités se créent pour ceux qui s'engagent. Le parrainage des jeunes pendant 24 mois, la transmission des portefeuilles aux nouveaux associés, la progression au mérite font partie de l'ADN du cabinet.

Un modèle d'indépendance assumé

Valentin Doligé défend une vision claire : réinvestir les deux tiers des résultats dans l'entreprise plutôt que de maximiser la distribution aux associés. Avec un résultat net supérieur à 10 % et proche des 15 %, Orcom dégage environ 22 millions d'euros annuels. Les deux tiers, soit près de 14 millions, sont réinjectés dans le développement.Cette discipline financière permet au cabinet de financer sa croissance externe, ses innovations et ses spécialisations sans dépendre de fonds extérieurs. Valentin le formule simplement : par leurs bons résultats, ils sont capables de maintenir leur indépendance. Ce modèle n'est pas présenté comme l'unique voie possible, mais comme celle dans laquelle ils croient et qui fait leur force.

Grandir plutôt que grossir

La croissance externe fait partie de l'histoire d'Orcom depuis 45 ans, sous l'impulsion du président fondateur Michel Martin. Mais cette croissance reste choisie. Valentin utilise une formule qui résume la philosophie du cabinet : ils cherchent à grandir plutôt qu'à grossir.Chaque rapprochement repose d'abord sur l'humain. La volonté de faire entreprise ensemble prime sur les chiffres. Valentin explique que si, dès les premières discussions, les échanges ne sont pas fluides et qu'il n'y a pas cette envie partagée de construire ensemble, alors ça ne peut pas fonctionner. Cette exigence a conduit à refuser certaines opportunités, y compris pour renforcer la branche avocat, parce que l'alignement humain n'était pas au rendez-vous.Les cabinets qui rejoignent Orcom découvrent parfois un environnement différent de ce qu'ils connaissaient. Valentin note que dans leurs réunions d'associés, la première chose abordée, c'est le commercial. Le chiffre d'affaires, les prospects, les motifs de départ des clients : tout est partagé, non pas pour se juger, mais pour s'améliorer collectivement.

La pluridisciplinarité au service du client

Orcom a structuré plusieurs branches complémentaires pour accompagner ses clients sur l'ensemble de leurs besoins. Le cabinet d'avocats Orva, créé il y a moins de cinq ans, permet d'aller jusqu'au contentieux et à la défense des intérêts des clients. ActiveForce, intégré depuis 2014, propose du recrutement de haut niveau, de la formation et de l'accompagnement des carrières et des transitions. Plus récemment, une branche dédiée à la recherche de cibles, aux cessions-acquisitions et à la levée de fonds a été structurée.Sur la question délicate de l'intégration des avocats, Valentin reconnaît que l'aventure de la pluridisciplinarité est un chemin qui est loin d'être tout droit. Beaucoup de cabinets rencontrent des difficultés, souvent liées à des questions d'ego ou de réglementation. Chez Orcom, la structuration juridique via une SPFPL (Société de Participation Financière des Professions Libérales) et surtout le choix des personnes ont permis d'éviter ces écueils. Les avocats qui ont rejoint le groupe partageaient la volonté de faire entreprise, condition indispensable pour que la collaboration fonctionne.

L'attachement au terrain comme philosophie

Malgré ses fonctions de direction générale, Valentin conserve un portefeuille client. Ce choix, qu'il assume pleinement, répond à une conviction : pour proposer quelque chose de pertinent aux clients, il faut rester connecté au marché. Avoir un portefeuille ne signifie pas être dans la production comptable ou juridique, mais maintenir la relation client, comprendre les évolutions du métier et ne pas se déconnecter de ce que vivent les équipes.Ce lien avec le terrain permet aussi d'assurer les transmissions. Certains clients sont accompagnés depuis plusieurs générations. Valentin évoque des dossiers où Orcom a assuré une, voire deux transmissions côté client. Pour une ETI familiale qui accompagne des ETI familiales, cette continuité fait partie de la promesse.L'action commerciale reste portée par les associés et les directeurs de mission, soit environ 200 personnes. Orcom n'a pas fait le choix de recruter des commerciaux dédiés. La vente doit être faite par ceux qui vont ensuite gérer la relation. Une équipe marketing et développement d'une dizaine de personnes vient en support pour aider, structurer, benchmarker, mais sans faire d'approche directe des prospects.

La technologie comme outil, pas comme fin en soi

Sur les questions technologiques, Valentin défend une position nuancée. Orcom a fait le choix de maintenir sa propre infrastructure informatique, avec ses propres serveurs et un système de gestion interne propriétaire développé en interne. Ce choix, parfois perçu comme décalé à l'époque du tout-SaaS, leur donne une maîtrise totale de leurs données et une indépendance vis-à-vis des grands éditeurs de la profession.Mais Valentin insiste : la technologie est quelque chose qui les aide, ce n'est pas quelque chose qui fait à leur place. Ce que les clients achètent, ce n'est pas un bon outil comptable, c'est la capacité à expliquer ce qui est sorti de la production comptable. Cette valeur reste portée par l'humain, par les équipes, par les experts-comptables et les directeurs de mission.Il reconnaît aussi une douleur historique de la profession : l'échec à proposer des tableaux de bord aux clients. Les évolutions technologiques aideront sur ce point, mais le cœur du métier reste l'analyse, l'anticipation et le conseil.

L'engagement territorial comme marqueur

Président du MEDEF du Loiret depuis plus de six ans, président de l'alliance de cabinets EURUS, impliqué dans des organisations patronales, des CCI, des tribunaux de commerce : Valentin incarne l'engagement sociétal qu'Orcom encourage chez tous ses associés. Ces prises de responsabilité permettent d'être intégrés dans la cité, dans les territoires, et de développer une notoriété qui attire naturellement les clients.La fondation d'entreprise Orcom, créée il y a plus de dix ans, prolonge cette vision. Première fondation d'entreprise créée par un cabinet d'expertise comptable en France, elle est dédiée à la jeunesse, en écho à la capacité historique du cabinet à accueillir et former des jeunes sans expérience. Elle soutient des projets locaux dans le sport, la culture, l'art, selon les territoires.Valentin le résume ainsi : leur entreprise est dans les territoires, mais elle est un acteur majeur des territoires. Pas un acteur qui vient se servir, un acteur qui investit.

La question des dirigeants professionnels

Interrogé sur l'arrivée de dirigeants non experts-comptables à la tête de certains cabinets, Valentin répond sans ambiguïté : Orcom n'est pas en réflexion sur ce sujet et n'est pas prêt à accueillir dans son cercle resserré de gouvernance quelqu'un qui ne serait pas de la profession. L'attachement au diplôme d'expertise comptable, à sa valeur et à sa puissance, reste fort.Pour autant, les fonctions support sont représentées au comité exécutif et des profils non experts-comptables occupent des postes clés dans les pôles de spécialité. La branche ingénieur, par exemple, pilote des sujets de transformation. Des investissements dans des acteurs technologiques permettent aussi de rester proches des évolutions du marché.

Un épisode pour ceux qui veulent construire dans la durée

Ce que Valentin Doligé décrit, c'est un modèle de patience et de constance. Orcom ne prend pas des décisions pour six mois ou cinq ans, mais des décisions qui consolident et structurent durablement. La vision, c'est la stabilité et la pérennité, peut-être pas pour cent ans, mais certainement pas pour le court terme.Cet échange s'adresse aux dirigeants de cabinets et de professions réglementées qui s'interrogent sur leur modèle de développement. Valentin Doligé montre qu'il est possible de bâtir une ETI solide, de dépasser les 150 millions de chiffre d'affaires, de se développer par croissance externe, de structurer des branches pluridisciplinaires, tout en restant indépendant, ancré dans ses territoires et fidèle à ses valeurs.

Bonne écoute.

Questions fréquentes

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