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L'expert-comptable est le professionnel le plus légitime pour estimer la valeur d'une entreprise. Découvrez quand proposer cette mission et quels critères analyser.
"Mon entreprise, elle vaut combien ?"
Tout expert-comptable a déjà entendu cette question. Parfois formulée en passant, à la fin d'un rendez-vous de clôture, parfois posée frontalement, parce qu'un repreneur a pris contact ou qu'un associé veut sortir du capital.
Et dans la majorité des cas, la réponse est la même : un silence gêné, une fourchette improvisée ou un "il faudrait voir avec un spécialiste".
C'est un paradoxe. L'expert-comptable connaît l'entreprise mieux que quiconque. Il a produit les bilans, accompagné les décisions, vu passer les bonnes et les mauvaises années. Il sait ce que les chiffres disent et ce qu'ils ne disent pas. Il a toutes les cartes en main pour répondre, mais il ne répond pas, parce que la valorisation d'entreprise n'a jamais été structurée comme une offre de son cabinet.
Le sujet reste perçu comme un exercice réservé aux banques d'affaires, aux commissaires aux apports ou aux experts judiciaires. Trop technique, trop ponctuel, trop éloigné du quotidien du cabinet.
En réalité, c'est l'inverse. Estimer la valeur d'une entreprise est un besoin bien plus fréquent que ce que la plupart des cabinets imaginent. Et l'expert-comptable est souvent le professionnel le mieux placé pour y répondre, à condition de formaliser cette mission et de la proposer au bon moment.
Ce guide vous donne les clés pour y parvenir : comprendre pourquoi cette mission vous revient, savoir quand la déclencher, maîtriser les méthodes, les critères d'analyse, et faire de la valorisation un véritable levier de développement pour votre cabinet.
Quand un cabinet de conseil en Fusion & Acquisition ou un évaluateur externe intervient pour estimer la valeur d'une entreprise, il commence par demander trois à cinq ans de bilans et de comptes de résultat. Il passe des semaines à reconstituer l'historique, à comprendre les variations, à identifier les éléments exceptionnels.
Vous, vous avez déjà tout ça. Vous avez produit ces comptes. Vous savez pourquoi le résultat a chuté en 2023 (un litige client exceptionnel), pourquoi la marge brute a progressé en 2024 (un changement de fournisseur), pourquoi le poste "charges externes" a bondi l'an dernier (un investissement marketing ponctuel).
Cette profondeur de lecture ne s'achète pas. Elle se construit année après année, mission après mission. Un évaluateur externe mettra des semaines à reconstituer ce que vous savez déjà.

Les comptes annuels racontent une histoire, mais pas toute l'histoire. Les vrais déterminants de la valeur d'une entreprise se cachent souvent derrière les chiffres :
En tant qu'expert-comptable, vous êtes aux premières loges pour repérer ces éléments. Vous les voyez passer dans les écritures, dans les discussions de clôture, dans les échanges informels avec le dirigeant. Aucun rapport de due diligence ne capture cette connaissance intime du fonctionnement réel d'une entreprise.
La valorisation d'entreprise est un sujet sensible car elle touche à la valeur patrimoniale du dirigeant, à son projet de vie, parfois à des enjeux familiaux ou à des tensions entre associés.
Un dirigeant ne confie pas ces sujets à un inconnu. Il les confie à quelqu'un en qui il a confiance, quelqu'un qui connaît son entreprise, qui comprend ses contraintes, qui ne va pas lui livrer un rapport de 80 pages déconnecté de sa réalité.
L'expert-comptable occupe cette position. Il est souvent le premier confident du dirigeant sur les sujets business. C'est un avantage considérable, à condition de ne pas le gaspiller en renvoyant systématiquement le client vers un tiers…
Estimer la valeur d'une entreprise ne consiste pas à appliquer un multiple sur un EBITDA brut. Encore faut-il que cet EBITDA reflète la réalité économique de l'entreprise et non les choix de gestion du dirigeant.
C'est là que l'expert-comptable fait la différence. Il sait quels postes retraiter :
Ces retraitements ne sont pas de la cosmétique. Ils peuvent faire varier la valorisation de 20 à 40 % selon les cas. Un évaluateur externe les fera aussi, certes, mais il partira des comptes tels qu'ils sont publiés. Vous, vous partez des comptes tels qu'ils sont vraiment.
Le réflexe habituel, c'est de penser à la valorisation quand une cession se profile. C'est logique, mais c'est réducteur. Les moments où un dirigeant a besoin de connaître la valeur de son entreprise sont bien plus nombreux qu'on ne le croit et souvent personne ne lui pose la question.
C'est le cas le plus évident. Le dirigeant souhaite vendre son entreprise (à un tiers, à un repreneur identifié, à un de ses salariés…) et il a besoin d'un prix.
Mais "évident" ne veut pas dire "simple".
Trop souvent, le dirigeant arrive avec une idée en tête ("un confrère a vendu 5 fois son EBITDA, donc moi aussi") sans se demander si cette référence est pertinente pour sa propre structure. Votre rôle est de poser un diagnostic objectif, documenté, qui servira de base à la négociation.
L'erreur classique, c’est d’attendre que le projet de cession soit acté pour lancer la valorisation. Dans l'idéal, le travail commence 18 à 24 mois avant la cession envisagée, le temps de corriger les faiblesses identifiées (concentration client, dépendance au dirigeant, structure de coûts) et de maximiser la valeur au moment de la transaction.
Quand un dirigeant sollicite un emprunt significatif, que ce soit pour investir, pour financer de la croissance externe ou pour restructurer sa dette, la banque veut savoir ce que vaut l'entreprise. Pas seulement ce qu'elle gagne.
La valorisation d'entreprise sert ici de socle à la négociation avec l'établissement bancaire. Elle permet de démontrer :
L'expert-comptable qui accompagne son client dans cette démarche avec un dossier de valorisation structuré ne se contente pas de remplir un rôle technique. Il renforce aussi la crédibilité du dossier auprès du banquier et accélère le processus de décision.
Ce sont les cas les plus sous-estimés. Des événements qui ne sont pas des crises, qui ne font pas de bruit, mais qui nécessitent pourtant de connaître la valeur de l'entreprise :
Le point commun de tous ces moments : le dirigeant n'y pense pas tout seul.
C'est à l'expert-comptable de poser la question, d'identifier le besoin et de proposer la mission. C'est une posture proactive et c'est précisément ce qui différencie un cabinet d’expert-comptable qui subit sa relation client d'un cabinet qui la pilote.
Disons-le tout de suite, il n'existe pas de méthode unique pour estimer la valeur d'une entreprise. Il en existe plusieurs, chacune avec sa logique, ses forces et ses limites. Le choix de la méthode (ou plutôt la combinaison de méthodes) dépend du profil de l'entreprise, du contexte de la valorisation et de la qualité des données disponibles.
Voici les trois grandes approches à connaître.

Le principe est simple : on évalue l'ensemble des actifs de l'entreprise (immobilisations, stocks, créances, trésorerie), on en soustrait les dettes et on obtient l'actif net.
Pour être plus précis, on retraite certains postes pour les ramener à leur valeur réelle (valeur de marché des immeubles, dépréciation réelle des stocks, etc.), ce qui donne l'actif net corrigé (ANC).
> Quand l'utiliser. L'approche patrimoniale est pertinente pour les entreprises dont la valeur repose principalement sur leurs actifs : sociétés immobilières, holdings, entreprises industrielles à forte intensité capitalistique. Elle sert aussi de plancher de valorisation : si une entreprise vaut moins que la somme de ses actifs nets, c'est un signal d'alerte.
> Les limites. Cette méthode ne tient pas compte de la rentabilité future. Une entreprise peut posséder beaucoup d'actifs et ne rien gagner ou inversement posséder peu d'actifs et dégager des marges excellentes (cas typique des sociétés de services). Utilisée seule, elle sous-évalue systématiquement les entreprises rentables à faible intensité capitalistique…c'est-à-dire une grande partie des PME de services.
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C'est la méthode la plus couramment utilisée dans les transactions de PME. Le principe : on applique un coefficient (le "multiple") à un indicateur de performance financière, généralement l'EBITDA (excédent brut d'exploitation) ou le résultat d'exploitation.
Le multiple dépend du secteur d'activité, de la taille de l'entreprise, du contexte économique et de facteurs qualitatifs propres à la société. Pour les PME françaises, les multiples d'EBITDA se situent généralement entre 4 et 7, avec des variations significatives selon les secteurs.
Par exemple, une entreprise de services B2B dégage un EBITDA retraité de 400 000 €. Si le multiple retenu est de 5, la valeur d'entreprise (valeur d'exploitation) est estimée à 2 000 000 €. Pour obtenir la valeur des titres (ce que l'acheteur paie réellement), on ajuste ensuite en ajoutant la trésorerie excédentaire et en retranchant l'endettement net.
> Quand l'utiliser. La méthode des multiples fonctionne bien pour les entreprises rentables, avec un historique de résultats stable ou en croissance. Elle a l'avantage d'être rapide, intuitive et directement comparable aux transactions du marché.
> Les limites. Le choix du multiple est...subjectif. Deux évaluateurs peuvent retenir des multiples différents et aboutir à des valorisations qui varient du simple au double. Ajoutons à cela que la méthode repose sur un EBITDA "normalisé", ce qui suppose d'avoir correctement identifié et retraité les éléments exceptionnels, la rémunération du dirigeant, les charges personnelles, etc. C'est précisément là que l'expertise de l'expert-comptable est déterminante.
On parle aussi de multiples de chiffre d'affaires, utilisés dans certains secteurs (cabinets d'expertise-comptable, pharmacies, cabinets médicaux). Ils ont l'avantage de la simplicité, mais l'inconvénient de ne pas refléter la rentabilité réelle. Une entreprise qui fait 2 M€ de CA avec 3 % de marge nette ne vaut pas la même chose qu'une entreprise au même CA avec 15 % de marge !
La méthode DCF (Discounted Cash Flows) est considérée comme la plus rigoureuse sur le plan théorique.
Elle consiste à projeter les flux de trésorerie futurs de l'entreprise sur une période donnée (généralement 5 à 7 ans), puis à les actualiser pour obtenir leur valeur actuelle. On y ajoute une valeur terminale, qui représente la valeur de l'entreprise au-delà de la période de projection.
> Quand l'utiliser. La méthode DCF est pertinente quand l'entreprise a un potentiel de croissance identifiable et que les projections financières sont crédibles. Elle est particulièrement adaptée aux entreprises en développement, aux projets d'investissement, ou quand l'acquéreur veut mesurer le retour sur investissement de son acquisition.
> Les limites. La DCF repose entièrement sur des hypothèses : croissance du chiffre d'affaires, évolution des marges, taux d'actualisation, valeur terminale...Une variation de quelques points sur le taux d'actualisation peut modifier la valorisation de 30 %. C'est un outil puissant, mais qui demande rigueur et transparence dans les hypothèses retenues.
Pour les TPE et les petites PME, les projections financières sont souvent fragiles, ce qui réduit la fiabilité de la méthode…
Aucune méthode ne donne à elle seule "la" valeur d'une entreprise. Dans la pratique, un travail de valorisation sérieux croise au minimum deux approches pour définir une fourchette de valeur.
| Méthode | Logique | Idéale pour | Limite principale |
|---|---|---|---|
| Approche patrimoniale (ANC) | Ce que l'entreprise possède | Holdings, sociétés immobilières, industries capitalistiques | Ignore la rentabilité future |
| Multiples (EBITDA, CA) | Ce que l'entreprise gagne | PME rentables avec historique stable | Le choix du multiple est subjectif |
| DCF (flux actualisés) | Ce que l'entreprise rapportera | Entreprises en croissance, projets d'investissement | Très sensible aux hypothèses |
Le rôle de l'expert-comptable n'est pas de choisir la méthode "qui donne le meilleur chiffre". C'est de choisir celles qui sont pertinentes au regard du profil de l'entreprise, de les appliquer avec rigueur et d'expliquer au dirigeant pourquoi la fourchette obtenue est ce qu'elle est, ni plus, ni moins.
C'est cette transparence méthodologique qui crédibilise le travail et qui donne au client une base solide pour prendre ses décisions.
Les méthodes donnent un cadre, mais la vraie valeur ajoutée de l'expert-comptable se joue dans l'analyse des critères qui font varier la valorisation à la hausse ou à la baisse. C'est là que le travail passe d'un exercice mécanique à un vrai diagnostic d'entreprise.
Ce sont les critères "classiques", ceux que tout évaluateur analysera.
L'expert-comptable les maîtrise par définition, mais l'enjeu est de les interpréter correctement :
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C'est ici que le travail de valorisation prend une autre dimension. Les critères extra-financiers (souvent appelés "facteurs de prime ou de décote") sont ceux qui expliquent pourquoi deux entreprises avec le même EBITDA ne valent pas la même chose.
Et c'est précisément sur ces critères que l'expert-comptable a un avantage décisif, parce qu'il les connaît de l'intérieur :

L'expert-comptable qui intègre ces critères dans son rapport de valorisation ne produit pas un simple chiffre, mais un vrai diagnostic qui aide le dirigeant à comprendre ce qui crée et ce qui détruit de la valeur dans son entreprise. C'est infiniment plus utile qu'une fourchette sortie d'un tableur.
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Au-delà de l'intérêt pour le client, la mission de valorisation est un levier puissant pour le cabinet d’expertise comptable lui-même. Elle change la nature de la relation, élargit le champ des missions possibles et augmente la valeur perçue du cabinet.
La valorisation d'entreprise fait partie de ces missions que le client perçoit comme stratégiques. Ce n'est pas de la production comptable, ce n'est pas de la conformité. C'est du conseil à fort enjeu, avec un livrable tangible et une utilité immédiate.
Cette perception se traduit dans les honoraires.
Une mission de valorisation pour une PME se facture généralement entre 3 000 et 15 000 € selon la complexité, la taille de l'entreprise et le niveau de profondeur attendu. C'est un rapport temps passé / valeur facturée nettement plus favorable que la plupart des missions récurrentes d’un cabinet d’expert-comptable.
Et contrairement à une mission de tenue ou de révision, la valorisation positionne l'expert-comptable comme un conseiller stratégique, pas comme un technicien. C'est cette posture qui fidélise les clients à forte valeur ajoutée.
La valorisation s'inscrit toujours dans un contexte plus large qui génère naturellement des missions complémentaires :
La valorisation fonctionne comme un diagnostic initial qui ouvre la porte à tout un écosystème de missions. C'est un générateur d'honoraires complémentaires, pas une prestation isolée.
Le frein, pour beaucoup de cabinets, n'est pas technique, mais commercial. Comment proposer une mission de valorisation sans que le client ait le sentiment qu'on lui vend quelque chose dont il n'a pas besoin ?
La clé, c'est le timing et la posture. La valorisation se propose dans le prolongement naturel d'un échange existant et pas comme une offre générique envoyée par mail à toute la base client.
Voici quelques situations propices :
La formulation est simple : "Au vu de [situation], il pourrait être utile de poser une valorisation de l'entreprise. Ça vous donnerait une base objective pour [prendre telle décision / négocier / anticiper]. C'est quelque chose que je peux faire pour vous."
Pas de jargon, pas de dramatisation. Une proposition concrète, ancrée dans un besoin identifié. C'est ça, la posture de conseil.
Un dernier point souvent négligé est celui du format du livrable. Un chiffre lâché à l'oral ne crée pas la même valeur qu'un rapport structuré de 15 à 20 pages.
Un bon rapport de valorisation contient au minimum :
Ce format a deux vertus. D’une part, il crédibilise votre travail auprès du client et de ses interlocuteurs (banquier, avocat, notaire, acquéreur). D’autre part, il matérialise la valeur de la mission. Le client comprend ce qu'il paie et pourquoi.
La valorisation d'entreprise n'est pas une prestation exotique réservée aux grands cabinets ou aux opérations exceptionnelles. C'est une mission naturelle pour tout expert-comptable qui connaît ses clients et qui veut dépasser le rôle de producteur de comptes.
Ce qu'il faut retenir tient en quelques points :
Le plus difficile, comme souvent, c'est de commencer, de formaliser l'offre, de la présenter à un premier client, de livrer un premier rapport, mais une fois cette étape franchie, la valorisation s'intègre naturellement dans la palette du cabinet et vos clients se demanderont pourquoi vous ne la proposiez pas avant !
Vous savez valoriser une entreprise. Ce qui vous manque peut-être, c'est le cadre pour en faire une offre structurée, visible et rentable au sein de votre cabinet.
C'est exactement ce sur quoi Liberall Conseil intervient.
Nous accompagnons les cabinets d'expertise-comptable dans le développement de leurs missions de conseil : positionnement de l'offre, formalisation du livrable, stratégie commerciale pour proposer la mission au bon moment, montée en compétence des équipes. L'objectif est simple : que la valorisation d'entreprise devienne un réflexe dans votre cabinet, pas une exception.
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