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2.19.2026

Valorisation d'entreprise : pourquoi l'expert-comptable est le mieux placé pour estimer la valeur d'une entreprise

L'expert-comptable est le professionnel le plus légitime pour estimer la valeur d'une entreprise. Découvrez quand proposer cette mission et quels critères analyser.

"Mon entreprise, elle vaut combien ?"

Tout expert-comptable a déjà entendu cette question. Parfois formulée en passant, à la fin d'un rendez-vous de clôture, parfois posée frontalement, parce qu'un repreneur a pris contact ou qu'un associé veut sortir du capital. 

Et dans la majorité des cas, la réponse est la même : un silence gêné, une fourchette improvisée ou un "il faudrait voir avec un spécialiste".

C'est un paradoxe. L'expert-comptable connaît l'entreprise mieux que quiconque. Il a produit les bilans, accompagné les décisions, vu passer les bonnes et les mauvaises années. Il sait ce que les chiffres disent et ce qu'ils ne disent pas. Il a toutes les cartes en main pour répondre, mais il ne répond pas, parce que la valorisation d'entreprise n'a jamais été structurée comme une offre de son cabinet.

Le sujet reste perçu comme un exercice réservé aux banques d'affaires, aux commissaires aux apports ou aux experts judiciaires. Trop technique, trop ponctuel, trop éloigné du quotidien du cabinet.

En réalité, c'est l'inverse. Estimer la valeur d'une entreprise est un besoin bien plus fréquent que ce que la plupart des cabinets imaginent. Et l'expert-comptable est souvent le professionnel le mieux placé pour y répondre, à condition de formaliser cette mission et de la proposer au bon moment.

Ce guide vous donne les clés pour y parvenir : comprendre pourquoi cette mission vous revient, savoir quand la déclencher, maîtriser les méthodes, les critères d'analyse, et faire de la valorisation un véritable levier de développement pour votre cabinet.

Pourquoi l'expert-comptable est le professionnel le plus légitime pour valoriser une entreprise

Une connaissance de l'historique financier que personne d'autre n'a

Quand un cabinet de conseil en Fusion & Acquisition ou un évaluateur externe intervient pour estimer la valeur d'une entreprise, il commence par demander trois à cinq ans de bilans et de comptes de résultat. Il passe des semaines à reconstituer l'historique, à comprendre les variations, à identifier les éléments exceptionnels.

Vous, vous avez déjà tout ça. Vous avez produit ces comptes. Vous savez pourquoi le résultat a chuté en 2023 (un litige client exceptionnel), pourquoi la marge brute a progressé en 2024 (un changement de fournisseur), pourquoi le poste "charges externes" a bondi l'an dernier (un investissement marketing ponctuel).

Cette profondeur de lecture ne s'achète pas. Elle se construit année après année, mission après mission. Un évaluateur externe mettra des semaines à reconstituer ce que vous savez déjà.

Image au fond noir et vert présentant un visuel sur la valorisation d’entreprise. Le titre indique « Valorisation : Pourquoi vous êtes le plus légitime ». Quatre encadrés illustrés expliquent que la légitimité repose sur la connaissance historique des comptes sur plusieurs années, l’accès aux éléments hors bilan au-delà des chiffres, la capacité à retraiter les données pour révéler la réalité économique, et la relation de confiance avec le dirigeant. L’ensemble met en avant le rôle stratégique du conseiller dans l’évaluation d’une entreprise.

L'accès aux informations qui ne figurent pas dans les comptes

Les comptes annuels racontent une histoire, mais pas toute l'histoire. Les vrais déterminants de la valeur d'une entreprise se cachent souvent derrière les chiffres :

  • La qualité du carnet de commandes. 
  • La solidité des contrats clients. 
  • Le poids réel du dirigeant dans la relation commerciale. 
  • Les tensions RH latentes. 
  • Les investissements repoussés.
  • Les habitudes de gestion qui flattent ou qui plombent le résultat : rémunération du dirigeant sous ou sur-évaluée par rapport au marché, charges personnelles passées en frais généraux, créances douteuses non provisionnées, etc.

En tant qu'expert-comptable, vous êtes aux premières loges pour repérer ces éléments. Vous les voyez passer dans les écritures, dans les discussions de clôture, dans les échanges informels avec le dirigeant. Aucun rapport de due diligence ne capture cette connaissance intime du fonctionnement réel d'une entreprise.

Une relation de confiance déjà établie

La valorisation d'entreprise est un sujet sensible car elle touche à la valeur patrimoniale du dirigeant, à son projet de vie, parfois à des enjeux familiaux ou à des tensions entre associés.

Un dirigeant ne confie pas ces sujets à un inconnu. Il les confie à quelqu'un en qui il a confiance, quelqu'un qui connaît son entreprise, qui comprend ses contraintes, qui ne va pas lui livrer un rapport de 80 pages déconnecté de sa réalité.

L'expert-comptable occupe cette position. Il est souvent le premier confident du dirigeant sur les sujets business. C'est un avantage considérable, à condition de ne pas le gaspiller en renvoyant systématiquement le client vers un tiers…

La capacité à retraiter les comptes avec discernement

Estimer la valeur d'une entreprise ne consiste pas à appliquer un multiple sur un EBITDA brut. Encore faut-il que cet EBITDA reflète la réalité économique de l'entreprise et non les choix de gestion du dirigeant.

C'est là que l'expert-comptable fait la différence. Il sait quels postes retraiter :

  • La rémunération du dirigeant (souvent trop basse dans les TPE, parfois trop élevée dans certaines structures).
  • Les charges exceptionnelles à neutraliser.
  • Les loyers intra-groupe à ajuster au prix de marché.
  • Les provisions excessives ou insuffisantes.

Ces retraitements ne sont pas de la cosmétique. Ils peuvent faire varier la valorisation de 20 à 40 % selon les cas. Un évaluateur externe les fera aussi, certes, mais il partira des comptes tels qu'ils sont publiés. Vous, vous partez des comptes tels qu'ils sont vraiment.

À quels moments proposer une mission de valorisation d'entreprise en tant qu’expert-comptable ?

Le réflexe habituel, c'est de penser à la valorisation quand une cession se profile. C'est logique, mais c'est réducteur. Les moments où un dirigeant a besoin de connaître la valeur de son entreprise sont bien plus nombreux qu'on ne le croit et souvent personne ne lui pose la question.

1 - Lors d'un projet de transmission ou de cession

C'est le cas le plus évident. Le dirigeant souhaite vendre son entreprise (à un tiers, à un repreneur identifié, à un de ses salariés…) et il a besoin d'un prix.

Mais "évident" ne veut pas dire "simple". 

Trop souvent, le dirigeant arrive avec une idée en tête ("un confrère a vendu 5 fois son EBITDA, donc moi aussi") sans se demander si cette référence est pertinente pour sa propre structure. Votre rôle est de poser un diagnostic objectif, documenté, qui servira de base à la négociation.

L'erreur classique, c’est d’attendre que le projet de cession soit acté pour lancer la valorisation. Dans l'idéal, le travail commence 18 à 24 mois avant la cession envisagée, le temps de corriger les faiblesses identifiées (concentration client, dépendance au dirigeant, structure de coûts) et de maximiser la valeur au moment de la transaction.

2 - Lors d'un projet de financement bancaire

Quand un dirigeant sollicite un emprunt significatif, que ce soit pour investir, pour financer de la croissance externe ou pour restructurer sa dette, la banque veut savoir ce que vaut l'entreprise. Pas seulement ce qu'elle gagne.

La valorisation d'entreprise sert ici de socle à la négociation avec l'établissement bancaire. Elle permet de démontrer :

  • Que l'entreprise dispose d'une valeur patrimoniale solide.
  • Que sa capacité bénéficiaire justifie le niveau d'endettement envisagé.
  • Que le projet de financement est cohérent avec la trajectoire de l'entreprise.

L'expert-comptable qui accompagne son client dans cette démarche avec un dossier de valorisation structuré ne se contente pas de remplir un rôle technique. Il renforce aussi la crédibilité du dossier auprès du banquier et accélère le processus de décision.

3 - Lors de moments "silencieux" mais stratégiques

Ce sont les cas les plus sous-estimés. Des événements qui ne sont pas des crises, qui ne font pas de bruit, mais qui nécessitent pourtant de connaître la valeur de l'entreprise :

  • L'entrée ou le départ d'un associé. Un associé veut racheter des parts, un autre souhaite sortir du capital. Sur quelle base fixer le prix ? Sans valorisation formelle, la négociation se fait au doigt mouillé et finit souvent en conflit.
  • La réorganisation du capital. Donation de parts aux enfants, mise en place d'un holding, apport de titres : toutes ces opérations nécessitent une évaluation documentée, ne serait-ce que pour les besoins de l'administration fiscale. Un rapport de valorisation solide sécurise l'opération et protège le dirigeant en cas de contrôle.
  • La croissance rapide. L'entreprise double de taille en trois ans. Le dirigeant sait que sa boîte "vaut plus qu'avant", mais combien exactement ? Et surtout : cette croissance est-elle créatrice de valeur, ou l'a-t-elle fragilisée (recrutements massifs, BFR en tension, rentabilité en baisse) ? La valorisation permet de répondre à ces questions.
  • L'essoufflement ou le doute stratégique. À l'inverse, un dirigeant qui sent que son activité plafonne peut avoir besoin d'objectiver la situation. La valorisation n'est pas seulement un outil de transaction, c'est aussi un outil de pilotage. Elle force à regarder l'entreprise avec les yeux d'un acquéreur potentiel et c'est souvent là que les angles morts apparaissent.

Le point commun de tous ces moments : le dirigeant n'y pense pas tout seul

C'est à l'expert-comptable de poser la question, d'identifier le besoin et de proposer la mission. C'est une posture proactive et c'est précisément ce qui différencie un cabinet d’expert-comptable qui subit sa relation client d'un cabinet qui la pilote.

Les grandes méthodes pour estimer la valeur d'une entreprise

Disons-le tout de suite, il n'existe pas de méthode unique pour estimer la valeur d'une entreprise. Il en existe plusieurs, chacune avec sa logique, ses forces et ses limites. Le choix de la méthode (ou plutôt la combinaison de méthodes) dépend du profil de l'entreprise, du contexte de la valorisation et de la qualité des données disponibles.

Voici les trois grandes approches à connaître.

Image au fond noir et vert intitulée « Estimer la Valeur : 3 Approches ». Elle présente trois méthodes d’évaluation d’entreprise : l’approche patrimoniale centrée sur ce que l’on possède, la méthode des multiples basée sur ce que l’on gagne, et l’actualisation des flux futurs (DCF) fondée sur ce que l’on rapportera. Chaque approche est accompagnée d’une brève explication sur son usage et ses limites.

1 - L'approche patrimoniale : ce que l'entreprise possède

Le principe est simple : on évalue l'ensemble des actifs de l'entreprise (immobilisations, stocks, créances, trésorerie), on en soustrait les dettes et on obtient l'actif net

Pour être plus précis, on retraite certains postes pour les ramener à leur valeur réelle (valeur de marché des immeubles, dépréciation réelle des stocks, etc.), ce qui donne l'actif net corrigé (ANC).

> Quand l'utiliser. L'approche patrimoniale est pertinente pour les entreprises dont la valeur repose principalement sur leurs actifs : sociétés immobilières, holdings, entreprises industrielles à forte intensité capitalistique. Elle sert aussi de plancher de valorisation : si une entreprise vaut moins que la somme de ses actifs nets, c'est un signal d'alerte.

> Les limites. Cette méthode ne tient pas compte de la rentabilité future. Une entreprise peut posséder beaucoup d'actifs et ne rien gagner ou inversement posséder peu d'actifs et dégager des marges excellentes (cas typique des sociétés de services). Utilisée seule, elle sous-évalue systématiquement les entreprises rentables à faible intensité capitalistique…c'est-à-dire une grande partie des PME de services.

Découvrez notre Simulateur de rentabilité des cabinets d’expertise comptable.

2 - La méthode des multiples : ce que l'entreprise gagne

C'est la méthode la plus couramment utilisée dans les transactions de PME. Le principe : on applique un coefficient (le "multiple") à un indicateur de performance financière, généralement l'EBITDA (excédent brut d'exploitation) ou le résultat d'exploitation.

Le multiple dépend du secteur d'activité, de la taille de l'entreprise, du contexte économique et de facteurs qualitatifs propres à la société. Pour les PME françaises, les multiples d'EBITDA se situent généralement entre 4 et 7, avec des variations significatives selon les secteurs.

Par exemple, une entreprise de services B2B dégage un EBITDA retraité de 400 000 €. Si le multiple retenu est de 5, la valeur d'entreprise (valeur d'exploitation) est estimée à 2 000 000 €. Pour obtenir la valeur des titres (ce que l'acheteur paie réellement), on ajuste ensuite en ajoutant la trésorerie excédentaire et en retranchant l'endettement net.

> Quand l'utiliser. La méthode des multiples fonctionne bien pour les entreprises rentables, avec un historique de résultats stable ou en croissance. Elle a l'avantage d'être rapide, intuitive et directement comparable aux transactions du marché.

> Les limites. Le choix du multiple est...subjectif. Deux évaluateurs peuvent retenir des multiples différents et aboutir à des valorisations qui varient du simple au double. Ajoutons à cela que la méthode repose sur un EBITDA "normalisé", ce qui suppose d'avoir correctement identifié et retraité les éléments exceptionnels, la rémunération du dirigeant, les charges personnelles, etc. C'est précisément là que l'expertise de l'expert-comptable est déterminante.

On parle aussi de multiples de chiffre d'affaires, utilisés dans certains secteurs (cabinets d'expertise-comptable, pharmacies, cabinets médicaux). Ils ont l'avantage de la simplicité, mais l'inconvénient de ne pas refléter la rentabilité réelle. Une entreprise qui fait 2 M€ de CA avec 3 % de marge nette ne vaut pas la même chose qu'une entreprise au même CA avec 15 % de marge !

3 - La méthode des flux de trésorerie actualisés (DCF) : ce que l'entreprise rapportera

La méthode DCF (Discounted Cash Flows) est considérée comme la plus rigoureuse sur le plan théorique. 

Elle consiste à projeter les flux de trésorerie futurs de l'entreprise sur une période donnée (généralement 5 à 7 ans), puis à les actualiser pour obtenir leur valeur actuelle. On y ajoute une valeur terminale, qui représente la valeur de l'entreprise au-delà de la période de projection.

> Quand l'utiliser. La méthode DCF est pertinente quand l'entreprise a un potentiel de croissance identifiable et que les projections financières sont crédibles. Elle est particulièrement adaptée aux entreprises en développement, aux projets d'investissement, ou quand l'acquéreur veut mesurer le retour sur investissement de son acquisition.

> Les limites. La DCF repose entièrement sur des hypothèses : croissance du chiffre d'affaires, évolution des marges, taux d'actualisation, valeur terminale...Une variation de quelques points sur le taux d'actualisation peut modifier la valorisation de 30 %. C'est un outil puissant, mais qui demande rigueur et transparence dans les hypothèses retenues. 

Pour les TPE et les petites PME, les projections financières sont souvent fragiles, ce qui réduit la fiabilité de la méthode…

Quelle méthode choisir ? En pratique, on les combine

Aucune méthode ne donne à elle seule "la" valeur d'une entreprise. Dans la pratique, un travail de valorisation sérieux croise au minimum deux approches pour définir une fourchette de valeur.

Méthode Logique Idéale pour Limite principale
Approche patrimoniale (ANC) Ce que l'entreprise possède Holdings, sociétés immobilières, industries capitalistiques Ignore la rentabilité future
Multiples (EBITDA, CA) Ce que l'entreprise gagne PME rentables avec historique stable Le choix du multiple est subjectif
DCF (flux actualisés) Ce que l'entreprise rapportera Entreprises en croissance, projets d'investissement Très sensible aux hypothèses

Le rôle de l'expert-comptable n'est pas de choisir la méthode "qui donne le meilleur chiffre". C'est de choisir celles qui sont pertinentes au regard du profil de l'entreprise, de les appliquer avec rigueur et d'expliquer au dirigeant pourquoi la fourchette obtenue est ce qu'elle est, ni plus, ni moins.

C'est cette transparence méthodologique qui crédibilise le travail et qui donne au client une base solide pour prendre ses décisions.

Les critères que l'expert-comptable est en mesure d'analyser pour affiner la valorisation

Les méthodes donnent un cadre, mais la vraie valeur ajoutée de l'expert-comptable se joue dans l'analyse des critères qui font varier la valorisation à la hausse ou à la baisse. C'est là que le travail passe d'un exercice mécanique à un vrai diagnostic d'entreprise.

Les critères financiers

Ce sont les critères "classiques", ceux que tout évaluateur analysera. 

L'expert-comptable les maîtrise par définition, mais l'enjeu est de les interpréter correctement :

  • La rentabilité récurrente. Pas le résultat d'une année exceptionnelle, mais la capacité de l'entreprise à dégager durablement de la marge. C'est l'EBITDA ou la CAF (capacité d'autofinancement) retraités sur trois à cinq ans qui comptent. Un pic de rentabilité sur un exercice ne fait pas une valorisation ; une tendance haussière régulière, si.
  • La structure de coûts. Quelle part des charges est fixe ? Variable ? Compressible ? Une entreprise avec 80 % de charges fixes est plus fragile en cas de baisse d'activité qu'une entreprise avec une structure de coûts flexible. Ce paramètre a un impact direct sur le risque perçu par un acquéreur et donc sur le multiple retenu.
  • L'endettement et la trésorerie. Le passage de la "valeur d'entreprise" à la "valeur des titres" dépend de la position financière nette. Un endettement maîtrisé n'est pas un problème en soi, mais un ratio d'endettement élevé réduit mécaniquement la valeur pour l'actionnaire. À l'inverse, une trésorerie excédentaire peut considérablement augmenter le prix payé.
  • Le besoin en fonds de roulement. Un point souvent sous-estimé. Une entreprise en forte croissance peut être rentable sur le papier mais consommer énormément de cash à cause d'un BFR élevé. Si l'acquéreur doit injecter du cash dès le lendemain du rachat pour financer le cycle d'exploitation, cela pèse sur la valorisation.

Cet article pourrait vous intéresser : Facturer à la valeur : comment les experts-comptables passent d’un modèle horaire à un modèle d’impact.

Les critères extra-financiers (là où l'expert-comptable fait vraiment la différence)

C'est ici que le travail de valorisation prend une autre dimension. Les critères extra-financiers (souvent appelés "facteurs de prime ou de décote") sont ceux qui expliquent pourquoi deux entreprises avec le même EBITDA ne valent pas la même chose.

Et c'est précisément sur ces critères que l'expert-comptable a un avantage décisif, parce qu'il les connaît de l'intérieur :

  • La dépendance au dirigeant. C'est le facteur de décote le plus fréquent dans les PME. Si l'entreprise tourne autour d'une seule personne qui gère les clients clés, prend toutes les décisions et détient le savoir-faire, l'acquéreur sait qu'il achète un risque. Le jour où le dirigeant part, une partie de la valeur part avec lui.
  • La concentration client. Un client qui représente plus de 20 à 25 % du chiffre d'affaires constitue un risque structurel. S'il part, c'est un quart de l'activité qui disparaît. Ce critère est facile à identifier pour l'expert-comptable, il suffit de regarder la balance auxiliaire. Mais au-delà du chiffre brut, l'expert-comptable sait aussi si ce client est fidèle depuis dix ans avec un contrat solide ou s'il met en concurrence chaque année.
  • La récurrence du chiffre d'affaires. Une entreprise dont 70 % du CA provient de contrats récurrents (abonnements, missions récurrentes, contrats-cadres) vaut significativement plus qu'une entreprise qui repart de zéro chaque année. La prévisibilité du revenu réduit le risque pour l'acquéreur et justifie un multiple plus élevé.
  • La qualité de l'organisation interne. Des processus documentés, des rôles clairement définis, des outils de gestion en place, des équipes formées et autonomes : tout cela contribue à la "transférabilité" de l'entreprise. Un acquéreur paie plus cher une structure qui tourne sans friction qu'une structure où tout repose sur des habitudes non écrites et des savoir-faire informels.
  • La capacité à déléguer. C'est le corollaire de la dépendance au dirigeant, vu sous un angle positif. Un dirigeant qui a structuré son management, qui a des collaborateurs capables de prendre des décisions, qui peut s'absenter deux semaines sans que tout s'arrête, c'est une entreprise qui vaut plus cher. Parce qu'elle est cessible.

L'expert-comptable qui intègre ces critères dans son rapport de valorisation ne produit pas un simple chiffre, mais un vrai diagnostic qui aide le dirigeant à comprendre ce qui crée et ce qui détruit de la valeur dans son entreprise. C'est infiniment plus utile qu'une fourchette sortie d'un tableur.

Cet article pourrait également vous intéresser : La raison d’être des cabinets d’expertise comptable : donner un sens à la profession et se différencier.

Faire de la valorisation d'entreprise un levier de développement pour son cabinet

Au-delà de l'intérêt pour le client, la mission de valorisation est un levier puissant pour le cabinet d’expertise comptable lui-même. Elle change la nature de la relation, élargit le champ des missions possibles et augmente la valeur perçue du cabinet.

Une mission à forte valeur perçue

La valorisation d'entreprise fait partie de ces missions que le client perçoit comme stratégiques. Ce n'est pas de la production comptable, ce n'est pas de la conformité. C'est du conseil à fort enjeu, avec un livrable tangible et une utilité immédiate.

Cette perception se traduit dans les honoraires. 

Une mission de valorisation pour une PME se facture généralement entre 3 000 et 15 000 € selon la complexité, la taille de l'entreprise et le niveau de profondeur attendu. C'est un rapport temps passé / valeur facturée nettement plus favorable que la plupart des missions récurrentes d’un cabinet d’expert-comptable.

Et contrairement à une mission de tenue ou de révision, la valorisation positionne l'expert-comptable comme un conseiller stratégique, pas comme un technicien. C'est cette posture qui fidélise les clients à forte valeur ajoutée.

Un point d'entrée vers d'autres missions

La valorisation s'inscrit toujours dans un contexte plus large qui génère naturellement des missions complémentaires :

  • Un dirigeant qui découvre que son entreprise vaut moins que ce qu'il espérait aura besoin d'un plan d'action pour améliorer sa valorisation : restructurer ses coûts, réduire sa concentration client, formaliser ses processus, préparer sa transmission. Cela constitue autant de missions que l'expert-comptable peut proposer dans la foulée.
  • Un dirigeant qui confirme la valeur de son entreprise avant une cession aura besoin d'un accompagnement sur la structuration juridique et fiscale de l'opération, sur la préparation du data room, sur le pilotage de la négociation avec les acquéreurs.

La valorisation fonctionne comme un diagnostic initial qui ouvre la porte à tout un écosystème de missions. C'est un générateur d'honoraires complémentaires, pas une prestation isolée.

Comment amener le sujet avec vos clients

Le frein, pour beaucoup de cabinets, n'est pas technique, mais commercial. Comment proposer une mission de valorisation sans que le client ait le sentiment qu'on lui vend quelque chose dont il n'a pas besoin ?

La clé, c'est le timing et la posture. La valorisation se propose dans le prolongement naturel d'un échange existant et pas comme une offre générique envoyée par mail à toute la base client.

Voici quelques situations propices :

  • Le rendez-vous de clôture annuelle, lorsque vous commentez les résultats et que le dirigeant parle de ses projets. 
  • Un échange informel où il mentionne un associé qui veut partir.
  • Un rapprochement envisagé.
  • Une réflexion sur la retraite. 
  • Un constat que vous faites vous-même sur l'évolution des résultats ou de la structure du capital.

La formulation est simple : "Au vu de [situation], il pourrait être utile de poser une valorisation de l'entreprise. Ça vous donnerait une base objective pour [prendre telle décision / négocier / anticiper]. C'est quelque chose que je peux faire pour vous."

Pas de jargon, pas de dramatisation. Une proposition concrète, ancrée dans un besoin identifié. C'est ça, la posture de conseil.

Structurer l'offre : le livrable fait la différence

Un dernier point souvent négligé est celui du format du livrable. Un chiffre lâché à l'oral ne crée pas la même valeur qu'un rapport structuré de 15 à 20 pages.

Un bon rapport de valorisation contient au minimum : 

  • Une présentation de l'entreprise et de son contexte.
  • Les comptes retraités et les hypothèses retenues.
  • Les méthodes appliquées avec le détail des calculs.
  • Une synthèse de la fourchette de valorisation.
  • Une analyse des facteurs de prime et de décote.

Ce format a deux vertus. D’une part, il crédibilise votre travail auprès du client et de ses interlocuteurs (banquier, avocat, notaire, acquéreur). D’autre part, il matérialise la valeur de la mission. Le client comprend ce qu'il paie et pourquoi.

Conclusion

La valorisation d'entreprise n'est pas une prestation exotique réservée aux grands cabinets ou aux opérations exceptionnelles. C'est une mission naturelle pour tout expert-comptable qui connaît ses clients et qui veut dépasser le rôle de producteur de comptes.

Ce qu'il faut retenir tient en quelques points :

  • L'expert-comptable est légitime pour cette mission. Sa connaissance de l'historique financier, son accès aux informations hors bilan, sa capacité à retraiter les comptes et la relation de confiance qu'il entretient avec le dirigeant en font le professionnel le mieux placé pour estimer la valeur d'une entreprise.
  • Les occasions de proposer une valorisation sont bien plus fréquentes qu'on ne le pense. Cession, financement, entrée ou sortie d'associé, réorganisation du capital, croissance rapide, essoufflement : ce sont autant de moments où le dirigeant a besoin d'un chiffre fiable. À l'expert-comptable de poser la question avant qu'elle ne soit posée par un tiers.
  • La valeur ne se résume pas à une formule. Les méthodes (patrimoniale, multiples, DCF) fournissent un cadre, mais c'est l'analyse des critères financiers et extra-financiers (dépendance au dirigeant, concentration client, récurrence du CA, qualité de l'organisation…) qui fait la vraie différence. C'est là que l'expert-comptable apporte ce qu'un tableur ne remplacera jamais.
  • Pour le cabinet, la valorisation est un levier de développement. A la fois mission à forte valeur perçue et point d'entrée vers des missions complémentaires : c'est le type de prestation qui transforme la relation client et tire le positionnement du cabinet vers le haut. Ce n’est pas le seul levier existant, l’ECF peut aussi diversifier votre activité.

Le plus difficile, comme souvent, c'est de commencer, de formaliser l'offre, de la présenter à un premier client, de livrer un premier rapport, mais une fois cette étape franchie, la valorisation s'intègre naturellement dans la palette du cabinet et vos clients se demanderont pourquoi vous ne la proposiez pas avant !

Structurer votre offre de valorisation : Liberall Conseil vous accompagne

Vous savez valoriser une entreprise. Ce qui vous manque peut-être, c'est le cadre pour en faire une offre structurée, visible et rentable au sein de votre cabinet. 

C'est exactement ce sur quoi Liberall Conseil intervient. 

Nous accompagnons les cabinets d'expertise-comptable dans le développement de leurs missions de conseil : positionnement de l'offre, formalisation du livrable, stratégie commerciale pour proposer la mission au bon moment, montée en compétence des équipes. L'objectif est simple : que la valorisation d'entreprise devienne un réflexe dans votre cabinet, pas une exception. 

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Questions fréquentes

Pourquoi l'expert-comptable est-il mieux placé qu'un évaluateur externe pour valoriser une entreprise ?

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Quand un cabinet de conseil en M&A ou un évaluateur externe intervient, il commence par demander trois à cinq ans de bilans et passe des semaines à reconstituer l'historique pour comprendre les variations et identifier les éléments exceptionnels. L'expert-comptable a déjà tout cela puisqu'il a produit ces comptes. Il sait pourquoi le résultat a chuté une année à cause d'un litige client exceptionnel, pourquoi la marge a progressé l'année suivante grâce à un changement de fournisseur. Cette profondeur de lecture ne s'achète pas, elle se construit année après année. Au-delà des chiffres, l'expert-comptable accède aux informations qui ne figurent pas dans les comptes : la qualité du carnet de commandes, le poids réel du dirigeant dans la relation commerciale, les tensions RH latentes, la rémunération du dirigeant sous-évaluée par rapport au marché. Aucun rapport de due diligence ne capture cette connaissance intime du fonctionnement réel de l'entreprise.

À quels moments un expert-comptable devrait-il proposer une valorisation sans attendre que le client la demande ?

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Les occasions sont bien plus nombreuses qu'on ne le pense. La cession est le cas le plus évident, mais le travail devrait idéalement commencer 18 à 24 mois avant pour corriger les faiblesses identifiées et maximiser la valeur. Lors d'un projet de financement bancaire, la valorisation sert de socle à la négociation avec l'établissement et renforce la crédibilité du dossier. L'entrée ou le départ d'un associé nécessite une base objective pour fixer le prix et éviter que la négociation ne se fasse au doigt mouillé. Une réorganisation du capital comme une donation de parts aux enfants ou un apport à une holding exige une évaluation documentée pour l'administration fiscale. Une croissance rapide ou un essoufflement de l'activité sont également des moments où le dirigeant a besoin d'objectiver sa situation. Le point commun de tous ces moments est que le dirigeant n'y pense pas tout seul. C'est à l'expert-comptable de poser la question et de proposer la mission.

Quelles sont les trois grandes méthodes de valorisation et comment choisir entre elles ?

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L'approche patrimoniale évalue l'ensemble des actifs de l'entreprise et en soustrait les dettes pour obtenir l'actif net corrigé. Elle est pertinente pour les entreprises dont la valeur repose sur leurs actifs comme les sociétés immobilières ou les industries capitalistiques, mais elle ignore la rentabilité future. La méthode des multiples applique un coefficient à l'EBITDA ou au résultat d'exploitation, généralement entre 4 et 7 fois pour les PME françaises selon les secteurs. Elle fonctionne bien pour les entreprises rentables avec un historique stable, mais le choix du multiple reste subjectif. La méthode DCF projette les flux de trésorerie futurs sur cinq à sept ans puis les actualise. C'est la plus rigoureuse sur le plan théorique mais aussi la plus sensible aux hypothèses retenues. En pratique, un travail de valorisation sérieux croise au minimum deux approches pour définir une fourchette. Le rôle de l'expert-comptable est de choisir celles qui sont pertinentes au regard du profil de l'entreprise et d'expliquer au dirigeant pourquoi la fourchette obtenue est ce qu'elle est.

Quels critères extra-financiers font varier la valorisation et que l'expert-comptable peut identifier ?

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Ces critères expliquent pourquoi deux entreprises avec le même EBITDA ne valent pas la même chose. La dépendance au dirigeant est le facteur de décote le plus fréquent dans les PME car si l'entreprise tourne autour d'une seule personne, l'acquéreur sait qu'il achète un risque. La concentration client constitue un danger structurel dès qu'un client représente plus de 20 à 25 pourcent du chiffre d'affaires. L'expert-comptable sait en plus si ce client est fidèle depuis dix ans avec un contrat solide ou s'il met en concurrence chaque année. La récurrence du chiffre d'affaires est déterminante car une entreprise dont 70 pourcent du CA provient de contrats récurrents vaut significativement plus qu'une entreprise qui repart de zéro chaque année. La qualité de l'organisation interne avec des processus documentés, des rôles clairement définis et des équipes autonomes contribue à la transférabilité de l'entreprise. Un acquéreur paie plus cher une structure qui tourne sans friction qu'une structure où tout repose sur des habitudes non écrites.

Comment la mission de valorisation peut-elle devenir un levier de développement pour le cabinet ?

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La valorisation fait partie des missions que le client perçoit comme stratégiques avec un livrable tangible et une utilité immédiate. Elle se facture généralement entre 3 000 et 15 000 euros selon la complexité, avec un rapport temps passé sur valeur facturée nettement plus favorable que la plupart des missions récurrentes. Elle positionne l'expert-comptable comme un conseiller stratégique plutôt que comme un technicien, ce qui fidélise les clients à forte valeur ajoutée. La valorisation s'inscrit toujours dans un contexte plus large qui génère des missions complémentaires : un dirigeant qui découvre que son entreprise vaut moins que ce qu'il espérait aura besoin d'un plan d'action pour améliorer sa valorisation, un dirigeant qui confirme la valeur avant une cession aura besoin d'un accompagnement sur la structuration juridique et fiscale. La valorisation fonctionne comme un diagnostic initial qui ouvre la porte à tout un écosystème de missions et c'est ce type de prestation qui transforme la relation client et tire le positionnement du cabinet vers le haut.
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