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10.5.2026

Arnaud Brossier : « Conserver le nom de Rey, ce n’est pas un axe commercial, c’est un axe d’ancrage de valeur »

Valentin Tonti Bernard reçoit Arnaud Brossier, président du cabinet Rey, premier cabinet à rejoindre Archipel : recrutement, valorisation, valeurs.

Premier cabinet à avoir rejoint le groupe Archipel, le Groupe Rey (Paris et Rennes) a été fondé en 1945. Son président, Arnaud Brossier, explique à Valentin Tonti Bernard pourquoi il a choisi de s’adosser à un groupe sans abandonner ni le nom ni les valeurs du cabinet.

Un parcours technique, nourri par l’économie

Arnaud Brossier est entré au Groupe Rey en 1999. À l’origine, c’est son goût pour l’économie qui l’oriente vers l’expertise comptable, par la voie classique : BTS, DCG, DSCG puis DEC. Pendant son stage, il choisit de travailler en entreprise pour « souffrir de la problématique avant d’y répondre » : vers 23 ans, il devient responsable administratif et financier d’un petit groupe industriel en difficulté, avec de gros enjeux de négociation bancaire et de financements publics.

Le cabinet a été créé en 1945 par Georges Rey, repris par son fils Francis Rey, puis par Arnaud Brossier, troisième président en 80 ans. Les 80 ans ont été fêtés en 2025, en présence de Francis Rey.

Du commissariat aux comptes au conseil auprès des groupes

Ce qui a fait tenir le cabinet, selon Arnaud Brossier, c’est sa capacité d’adaptation. Resté indépendant, il a laissé les grands mandats de commissariat aux comptes aux réseaux internationaux et s’est tourné vers les commissariats aux apports, à la fusion et à la scission, domaine de son associé Emmanuel Dray. Il a ensuite développé des missions de service et de conseil dans des environnements comptables et financiers : consolidation, ressources mises à disposition dans des ERP comme SAP, optimisation de services comptables. Le point d’entrée est le plus souvent la direction comptable, avec un positionnement résolument technique.

Ces missions dites exceptionnelles représentent 20 à 30 % de l’activité du cabinet, et elles se renouvellent d’année en année : dans un groupe qu’il accompagne depuis 2001, les événements sont si fréquents que l’exceptionnel devient récurrent. Le cabinet n’a pas recours aux CDD ou à l’intérim pour la période fiscale : les équipes d’expertise comptable alimentent les missions de conseil en dehors du pic d’activité. Une perméabilité entre les métiers qui, reconnaît-il, demande une gymnastique quotidienne et ne concerne pas tous les collaborateurs, un sujet que nous abordons dans notre contenu sur le parcours collaborateur en cabinet d’expertise comptable.

Pourquoi rejoindre Archipel

La réflexion a été menée collectivement avec les associés. Trois constats : le recrutement était le vrai frein à la croissance, plus que les clients (Arnaud Brossier dit avoir perdu des clients faute de pouvoir répondre à leur demande), la valeur était progressivement captée par les éditeurs de solutions, et le cabinet ne progressait plus que de 2 à 3 % par an depuis deux ou trois ans. Le recrutement est un chantier que nous traitons dans notre article sur le recrutement en cabinet d’expertise comptable.

Pour y répondre sans renoncer à ses valeurs, il fallait une structure capable d’apporter des moyens et de laisser la main aux experts-comptables. Les fondateurs d’Archipel, Maxime Ridel et Matthieu Luneau, ne sont pas experts-comptables : réglementairement, ils laissent « les clés du camion » aux professionnels, et n’ont pas la prétention de tout casser. D’où la décision de conserver le nom de Rey, qu’Arnaud Brossier présente comme un ancrage de valeur et non comme un axe commercial. Face à d’autres propositions entre confrères, Archipel offrait la garantie de rester à la manœuvre. Un choix de rapprochement où la compatibilité et la gouvernance pèsent lourd, comme nous le détaillons dans notre article sur le rapprochement entre cabinets d’expertise comptable : méthode, compatibilité et gouvernance.

Une valorisation « juste » plutôt qu’un multiple record

Interrogé par Valentin sur le prix, Arnaud Brossier parle de meilleur compromis possible et juge la valorisation « juste, équilibrée ». Sa méfiance : un prix excessif entraîne forcément des attentes de performance surdimensionnées. Il invite à se méfier du chiffre du multiple pris isolément, un « effet de produit d’appel ». Dans le modèle Archipel, les associés réinvestissent dans le groupe et peuvent espérer une seconde plus-value, d’autant plus forte qu’on entre au démarrage. Pour situer ce raisonnement, notre article sur la valorisation d’un cabinet d’expertise comptable donne les repères.

Un an après : ce que le groupe a apporté

Signé fin mars 2025, le rapprochement a connu un décollage de 6 à 9 mois, que l’impatient Arnaud Brossier aurait voulu plus rapide : il faut cinq ou six cabinets pour que le groupe ait les moyens de porter de gros projets. Depuis, il cite la sélection exigeante des cabinets entrants (avec des entretiens menés par des associés déjà dans le groupe pour écarter les « passagers clandestins »), des communautés métier sur la paie et l’audit pilotées par les cabinets eux-mêmes, et une cellule dédiée à l’IA. Une démarche dans le prolongement de l’IA native que nous avions décryptée dans notre analyse de ce que Pennylane a vraiment construit en matière d’intelligence artificielle dans les cabinets.

Côté ressources humaines, une nouvelle associée a rejoint le cabinet après avoir contacté spontanément les fondateurs à la lecture des publications d’Archipel : une candidature que le seul nom du cabinet n’aurait jamais attirée, selon lui. Le groupe a aussi repris les reportings mensuels, très chronophages pour les associés, et pèse désormais comme un grand compte auprès des éditeurs de logiciels, notamment Silae, avec un effet sur les hotlines en période fiscale et sur la tarification. Notre panorama de l’écosystème logiciel des experts-comptables permet de situer ces éditeurs.

Les chiffres suivent : après 2 à 3 % de croissance, le cabinet annonce 10 à 12 % en 2025 et au moins 15 % cette année. Cette logique de consolidation, nous l’avons aussi explorée dans notre émission qui donne la parole à ceux qui transforment l’expertise comptable.

L’accompagnement non facturé, un chantier ouvert

Valentin interroge ensuite l’invité sur les services rendus sans être facturés. Arnaud Brossier le reconnaît : le cabinet a longtemps proposé des budgets d’honoraires packagés, avec beaucoup d’accompagnement courant non facturé, sans y apporter beaucoup de soin. Il y voit un axe d’amélioration, y compris au bénéfice du client, car ce qui n’est pas facturé est moins suivi. Maxime Ridel n’a, à ce jour, fait aucune demande explicite sur le sujet, mais il serait légitime à le faire, ajoute-t-il, tout en saluant la liberté laissée aux cabinets.

Ce qu’aurait pensé Georges Rey

Pour conclure, Valentin lui demande ce qu’aurait dit Georges Rey de cette opération. Arnaud Brossier, qui a décroché son entretien d’embauche peu avant le décès de Georges Rey, dit avoir trop de respect pour imaginer sa réaction. Son espoir : qu’il soit fier que le nom ait été conservé et que le cabinet reste attaché à ses valeurs.

Questions fréquentes

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Valentin Tonti Bernard
Président de Liberall-Group
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